"Le télétravail : oui, mais pas trop!"

"Le télétravail : oui, mais pas trop!"

23.05.2018

Gestion du personnel

Quelle opinion du télétravail ont ceux qui le pratiquent ? Une enquête réalisée par l'Observatoire du télétravail (Obergo) donne la parole aux salariés, afin de mettre en lumière les avantages et inconvénients réels de ce mode d'organisation. Elle montre que les impacts négatifs apparaissent surtout pour les durées de télétravail supérieures à deux jours par semaine.

Diminution de la fatigue physique liée aux transports, amélioration de la qualité de la vie personnelle, de la productivité et de la qualité du travail : selon l'expérience des télétravailleurs, "les impacts positifs du télétravail sont largement supérieurs à ses impacts négatifs", conclut une enquête réalisée par l'Observatoire du télétravail et de l'ergostressie (Obergo), avec le soutien de la CFDT cadres. Cette étude sur les "impacts du télétravail réel" a été publiée - pour la cinquième année consécutive - le 16 mai 2018.

L'Obergo a questionné plus de 500 salariés pratiquant le télétravail à domicile, afin "d’échapper aux discours caricaturaux des « pro » et des « anti » télétravail en essayant de mettre en valeur les différences entre fantasmes et réalité".

Le préjugé "téléglandouille" pousse à travailler plus

L'opinion des principaux intéressés est donc très positive dans l'ensemble, même si l'enquête n'exclut pas qu'il existe des télétravailleurs non volontaires à 100 % ou non satisfaits. Ces derniers peuvent être plus réticents à participer à des enquêtes, comme l'explique l'Obergo. "Il est toujours difficile d'accepter de dire, quand on est salariés, que l'on est pas d'accord avec ce qui apparaît comme étant lié aux « nouvelles technologies »".

Mais même satisfaits, les participants à l'enquête admettent qu'il existe certains aspects négatifs au télétravail. En premier lieu, l'augmentation ressentie du temps de travail, soulignée par 57 % des sondés. Lors d'entretiens oraux organisés par l'Obergo, certains participants à l'enquête expliquent qu'ils travaillent durant le temps "gagné" sur le temps de transport (en moyenne 1h25), en particulier le matin. Le télétravailleur est également moins interrompu ou déconcentré durant son travail (en particulier s'il a l'habitude de travailler en open space), il est moins sollicité par téléphone ou par mail et diminue son temps de pause (en particulier sa pause repas).

Certains interrogés pointent une autre explication. "On se sent toujours « redevable » d’être en télétravail, explique une informaticienne interrogée dans le cadre de l'étude. On doit toujours faire ses preuves, et prouver qu’on en fait autant, car pour certains télétravail égal encore « téléglandouille » ; ce qui peut amener à vouloir en faire plus. Quand je suis à la maison, je prends toujours le téléphone avec moi au cas où on essaierait de me joindre, alors qu’au bureau je ne m’occupe pas de cela". L'étude note toutefois que le sentiment de culpabilisation par rapport aux autres salariés, qui était très fort dans les enquêtes précédentes "tend à disparaître complètement avec la banalisation du télétravail".

Parmi les 57 % de personnes interrogées qui estiment que leur temps de travail a augmenté, 97 % considèrent que la qualité de leur vie familiale s’est améliorée et 90 % que la qualité de leur vie en général (au travail et hors du travail) est plus satisfaisante.

Le télétravail a un coût

Le deuxième impact négatif - avancé par 28 % des salariés interrogés - est l'augmentation des coûts personnels engendrés par l'activité professionnelle. Ils soulignent le trop faible remboursement des dépenses liées au télétravail. "Ces remboursements se limitent, en général, à 50 % de l’abonnement fibre ou ADSL et à une prime (soumise à charges sociales et impôts) de deux à cinq euros par jour de télétravail pour prise en charge des autres frais (chauffage, électricité, ...)", explique l'enquête.

Chez Accenture, 30 euros sont remboursés chaque mois aux salariés ayant deux jours de télétravail par semaine, 30 euros par mois également chez Cap Gemini, 26 euros par mois chez Nokia. Un salarié travaillant pour un organisme de sécurité sociale explique, quant à lui, que son équipement de bureau est pris en charge par son entreprise, et qu'elle lui rembourse 10 euros par mois pour un jour de télétravail par semaine. EDF ne pratique aucun remboursement de télétravail, mais fournit le matériel informatique et téléphonique et offre une prime de télétravail annuelle de 100 euros. "Seuls quelques accords prévoient des remboursements quotidiens plus généreux sur facture et parfois des remboursements de frais d’installation", note l'Obergo.

L'idéal : deux jours télétravaillés

Les effets négatifs du télétravail sont d'autant plus ressentis que le nombre de jours de télétravail est élevé, explique l'étude. L'augmentation de la charge de travail par exemple, est ressentie par 25 % des salariés qui télétravaillent plus de deux jours par semaine, et 13 % pour les salariés télétravaillant un ou deux jours. Les effets négatifs sur la rémunération et la carrière sont ressentis par 24 % des salariés télétravaillant plus de deux jours par semaine et 5% pour les salariés télétravaillant un ou deux jours. L'étude en déduit qu'il est déconseillé de télétravailler plus de deux jours par semaine.

"Une journée par semaine de télétravail, ne me permet pas suffisamment de profiter des avantages du télétravail, explique une agent de maîtrise. Le stress par rapport au transport est toujours présent (peur d'avoir du retard, peur de rater le train du retour...), je n'ai pas plus de temps personnel pour avoir des loisirs, ou encore des activités sociales. Je pense que pour que le télétravail soit bénéfique un minimum de deux jours est nécessaire." Au contraire, pour une autre salariée, cadre comptable, "un jour de télétravail est amplement suffisant, car j'ai constaté une certaine "désocialisation" avec les autres membres de mon équipe. Je ne suis pas toujours informée de ce qui se passe sur site, notamment lors de réunion, je dois réclamer le compte rendu." Et un autre cadre de confirmer : "le télétravail, oui bien sûr, mais pas trop. Attention de ne pas trop s'isoler et perdre le contact avec sa tribu."

Des horaires de travail classiques

Contrairement à ce qu'avancent certains discours sur le télétravail, ce dernier ne permet pas forcément d'adapter travail à son mode de vie : visites médicales en journée, faire des courses, aller à la banque etc. "Si je ne réponds pas au téléphone, je risque d’être en difficulté et d’avoir à me justifier. Je confirme qu’au bureau, on est plus libres de ses horaires et on peut prendre facilement deux heures pour déjeuner", raconte une experte formation. Même chose pour cette chargée d'étude clients : "Je m’interdis d’aller déjeuner dehors en télétravail, alors qu’au bureau je m’autorise à le faire. J’ai eu un contrôle de présence indirecte, surtout la première année, j’avais des coups de fils fréquents et de bonne heure de ma hiérarchie, ça a duré plus d’un an. Maintenant [...] j’ai un contrôle indirect quand même, car je bascule ma ligne de bureau sur mon fixe perso dès que je me connecte sur le logiciel de l’entreprise et c’est visible par mon manager et enregistré sur mon ordi [...]. Ça ne me gêne pas, mais je ne m’absenterais pas impunément, la confiance a ses limites quand on télétravaille".

Les horaires et jours de télétravail sont donc finalement assez classiques, calqués sur ceux du travail au bureau. Les télétravailleurs s'autorisent éventuellement un décalage de l'heure de début de travail lié au temps de trajet gagné. "Ce n’est pas étonnant, note l'Obergo, car le télétravail est de plus en plus réglementé par les accords d’entreprise et les contrats individuels et les télétravailleurs doivent se plier aux horaires collectifs suivis par les autres salariés (respect des plages de disponibilité, obligation d’être joignables par les autres salariés, …)".

 

12 conditions pour réussir en télétravail
A travers ses différentes études annuelles, l'Obergo a interrogé les télétravailleurs sur les conditions qu'ils estiment idéales pour qu'un salarié télétravaille en étant à l'aise. Voici la liste de conditions proposées par les salariés :
1. Aimer travailler seul(e), loin du collectif de travail ;
2. Disposer d’une triple aptitude à l’autonomie (professionnelle, gestion du temps, technique) ;
3. Être déjà bien intégré aux réseaux professionnels internes de l’entreprise … pour diminuer le risque d’isolement ;
4. Être conscient de la nécessité du télétravail à temps partiel (ne pas dépasser deux ou trois jours par semaine) … pour diminuer le risque d’isolement ;
5. Faire partie d’une famille télétravail-compatible (conjoint mais aussi enfants selon les âges) ;
6. Habiter un logement télétravail-compatible : surface, réseaux, … mais aussi environnement ;
7. Accepter l’idée de vivre le paradoxe "Plus de temps de travail/ plus de qualité de vie" ;
8. Avoir négocié et signé un document écrit s’appuyant sur l’accord ou la charte d’entreprise fixant les modalités personnelles du télétravail ;
9. Avoir un rapport de confiance très grand avec l’entreprise et le management ;
10. Occuper un emploi "télétravaillable" ;
11. Exercer un métier intéressant rendant supportable un temps de travail pouvant être plus long ;
12. Avoir une fonction bénéficiant d’un fort degré d’"autonomie" dans l’organisation et pouvant être gérée selon les modalités de la "gestion par objectifs".

 

Gestion du personnel

La gestion des ressources humaines (ou gestion du personnel) recouvre plusieurs domaines intéressant les RH :

- Le recrutement et la gestion de carrière (dont la formation professionnelle est un pan important) ;
- La gestion administrative du personnel ;
- La paie et la politique de rémunération et des avantages sociaux ;
- Les relations sociales.

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Laurie Mahé Desportes
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