Les services de santé au travail interentreprises se mettent à la com’

Les services de santé au travail interentreprises se mettent à la com’

17.09.2019

HSE

La réforme de 2016 a conduit les services de santé au travail interentreprises a plus communiquer auprès de leurs adhérents. Le rapport Lecocq pousse la profession à davantage se faire connaître auprès du grand public et des décideurs. Bref, les SSTI apprennent à se mettre en lumière.

"Ces dernières années, la communication de nos services a explosé", observe Frédéric Bonnet, directeur adjoint de l’Aipals, SSTI (service de santé interentreprise) à Montpellier. Il l'explique surtout par la réforme El Khomri de 2016. "Elle a rendu la communication nécessaire parce que l’immense majorité des adhérents n’ont pas compris pourquoi ils devaient continuer à payer après la suppression de l’aptitude à l’embauche. Ils avaient jusque là toujours cru payer des visites médicales", abonde Philippe Rolland, directeur général du SSTI de Narbonne. "Nos cibles principales nous connaissent toujours sous le prisme de la visite médicale obligatoire, alors que nos missions ont évolué", explique, toujours au présent, Frédéric Bonnet.

Le Montpelliérain poursuit : "Aujourd'hui, on rappelle en permanence tous ce qu’on est en mesure de proposer ". Les adhérents n'ont pas toujours connaissance des prestations offertes par le service, et ne savent pas forcément ce qui est compris dans leur taux de cotisation. En témoignent les échanges entre employeurs et médecins du travail organisés à l'initiative de Presanse, association qui représente les SSTI, justement dans le but de se faire mieux connaître. "Nous utilisons aussi la communication comme pilier de la prévention", ajoute le directeur adjoint de l'Aipals. Les actions de sensibilisation auprès des salariés reposent en partie sur des outils de communication.

 

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"Image vieillotte"

"Le rapport Lecocq nous a boostés", reconnait Philippe Rolland, qui précise que le projet de son service 2018-2022 comprend un axe communication. Il faut dire que ses auteurs préconisent, en résumé, la fusion de services. Alors, "Avant, quand je parlais aux médecins du travail de communication, ils me regardaient en coin et me répondaient 'on a rien à vendre'. Le rapport a suscité une prise de conscience : nos collaborateurs ont réalisé que la communication était une matière noble", ajoute-t-il. "Maintenant, il faut d'autant plus nous montrer", estime aussi Frédéric Bonnet, qui a organisé un laboratoire d'idées autour d'experts et salariés en février 2018 et va réitérer l'expérience dans quelques mois avec d'autres services de la région.

C'est aussi lors de la publication du rapport Lecocq que le Sest, service d'Île-de-France, a fait appel à l'agence Ozinfos. "Personne ne sait ce que font les services, et ils ont une image un peu vieillotte. Avec le rapport Lecocq, ils ont pris conscience que leur image n’est pas conforme à la réalité" raconte l'agence. "Nous les accompagnons sur leur visibilité et également sur le volet influence institutionnelle à toutes les étapes clés de la réforme en cours (rencontres parlementaires, déjeuner avec Mme Lecocq, etc), les relations presse et les messages", liste le communicant. Il faut préciser que le Sest est dans une situation particulière : contrairement à l'extrême majorité des services, il est en situation de concurrence. Il est très visible depuis un an : il multiplie les communiqués de presse, propose des tribunes, s'exprime lors de l'université d'été du Medef, et a commandé son propre sondage.

Jargon

Cette communication nécessite beaucoup de pédagogie, notamment auprès de la presse généraliste, précise Ozinfos : "Le secteur utilise un jargon, il faut clarifier son message et le rendre intelligible". Le directeur du service de Narbonne s'est vu expliquer la même chose par son nouveau chargé de communication. "Il m'a dit de diviser par dix le nombre de mots sur notre site, et de bannir les mots incompréhensibles. Par exemple, j'ai appris que le terme "pluridisciplinarité", au cœur de notre activité, n'est pas assez clair pour le grand public", raconte Philippe Rolland.

Lui a mis le paquet, en embauchant quelqu'un tout en recourant aux services d'une agence, quitte à surprendre les membres du conseil d'administration avec le prix de la prestation, mais "la communication, c'est un métier", justifie-t-il. Même chose pour le Sest. À Montpellier, le service use depuis huit ans des services d'une même agence mais en interne, le directeur général adjoint coordonne lui-même la communication. C'est aussi lui qui s'occupe des réseaux sociaux.

Éléments de langage

Presanse partage les mêmes observations. "Notre communication s’est accentuée ces dernières années. La réforme de 2016 est le principal déclencheur", et "il est certain que le rapport Lecocq a encouragé la poursuite de ce travail de pédagogie", déclare Martial Brun, son directeur général. Quoi dire pour redorer l'image des services ? "Nous informons sur l'activité réelle des SSTI en 2019. À cet effet, nous communiquons des données chiffrées, complétées récemment par des enquêtes d'opinion", résume le responsable.

 

Lire aussi : Aux "verbatims anonymes" du rapport Lecocq, Présanse veut opposer des chiffres

 

D'après lui, aucune recommandation particulière n'est donnée aux services mais les supports de communication sont mutualisés, et libres aux adhérents de s'en servir. À lire la dernière lettre d'information mensuelle de l'association, la communication est au cœur de ses réflexions. Par exemple, "mieux mettre en valeur la richesse de l'offre de services à travers un vocabulaire commun et accessible au grand public", est l'un des trois grands principes de son travail en cours sur l'offre des services. La matinée de la réunion des présidents de régions du réseau de juin dernier portait également sur "les actions d'influence et de communication" dans le cadre de la préparation de la réforme.

Presanse poursuit en effet "son travail de communication auprès des partenaires sociaux", annonce la même source, alors que les intéressés discutaient il y a encore peu au sein du Coct. Dans ce but, l'association met à disposition de ses adhérents "un nouveau kit de communication rassemblant à la fois des données […] et un courrier type destiné à l'environnement, dont les organisations patronales". Un courrier type ? "Des éléments de langages", résume Martial Brun.

HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Pauline Chambost
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