Risques psychosociaux : le coronavirus fait sonner les lignes d'écoute

Risques psychosociaux : le coronavirus fait sonner les lignes d'écoute

29.05.2020

HSE

Les cabinets conseil spécialistes des RPS et membres de la Firps ont enregistré une augmentation de près de 50 % des appels depuis début mars sur les lignes d’assistance psychologique à distance proposées par les entreprises. Angoisse de la maladie, inquiétudes liées à la reprise d’activité, difficultés du télétravail, craintes des répercussions sociales et économiques de la pandémie… Attention, ces lignes sont un outil complémentaire en prévention, mais cela ne doit pas empêcher de questionner les organisations du travail.

Même si la France est sortie du confinement strict depuis quelques semaines, les intervenants en risques psychosociaux de la Firps (fédération des intervenants en RPS) s’inquiètent des répercussions psychologiques sur les salariés de la pandémie de covid-19 et du confinement. Les cabinets de conseil membres de la Firps constatent une sur-sollicitation de 45 % en moyenne des dispositifs de services d’assistance psychologique à distance proposés par les entreprises.

Si la plupart des grandes entreprises ont déjà recours à ces dispositifs, la Firps note – lors d'une visioconférence de presse organisée le 20 mars 2020 pour dresser un premier bilan de l'activité depuis le début de la crise – que des entreprises de taille intermédiaire ont fait appel en urgence à des cabinets spécialisés en prévention des RPS.

Une "ressource complémentaire"

Pour autant, ces plateformes d’écoute sont encore loin de faire l’unanimité chez les spécialistes. "La plupart se situent du côté de la prise en charge individuelle. En accord avec notre pratique, nous pensons que ces problèmes doivent être traités en partant des questions d’organisation du travail et de pratiques managériales", souligne un collectif de psychologues du travail dans une tribune parue sur Alternatives économiques.

"Les lignes d’écoute n’ont pas pour vocation d’être le seul outil de prévention des RPS. Elles peuvent être nécessaires, mais ne sont pas suffisantes", précise Emmanuel Charlot, directeur de Stimulus et Psya. François Cochet, président de la Firps et directeur de l’activité RPS chez Secafi, rappelle que ces lignes d’écoute s’adressent aux salariés les plus en difficulté. "Certains salariés en télétravail n’ont plus la possibilité de discuter de leurs soucis avec leur manager ni avec leurs collègues. Un dispositif d'écoute, qui doit bien évidemment s’intégrer dans une approche systémique, représente une ressource complémentaire", ajoute-t-il.

HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Angoisses liées à la crise

Si cela ne peut pas remplacer un diagnostic RPS, les entreprises qui ont mis en place une ligne ont été très demandeuses d'un reporting rapproché pour connaître la fréquence des appels et les grandes thématiques des demandes de leurs salariés.

Les deux-tiers des appels sont en rapport direct avec la crise sanitaire, ce qui représente selon la Firps plusieurs dizaines de milliers d’appels de salariés pris en charge par les psychologues des cabinets spécialisés.

D’un cabinet à l’autre, les thématiques abordées lors des appels convergent : angoisse liée à la maladie, difficultés liées au télétravail confiné, avec des ressentis de surcharge de travail ou l’impression d’être surveillé à l’excès par le manager, tensions familiales, craintes des conséquences financières du chômage partiel ou de perte d’emploi, peur de la stigmatisation pour les travailleurs en arrêt pour raisons médicales ou gardes enfants, inquiétudes liées au déconfinement avec l’utilisation des transports en commun, appréhension de la charge de travail après plusieurs semaines d’arrêt…

"Transformation accélérée" génératrice de RPS

Le déconfinement et la reprise d’activité peuvent aussi représenter des situations à risque sur le plan psychosocial, ne serait-ce qu’en raison des craintes sur les répercussions socio-économiques de la crise. "Les salariés vont reprendre le travail, transformés par cette expérience. Ils vont avoir besoin de parler et il faut prendre le temps d’organiser ces échanges, que chacun puisse par exemple évoquer son vécu du confinement", conseille François Cochet.

Christian Mainguy, directeur de Rehalto/Workplaceoption, évoque quant à lui un "processus de transformation accéléré du travail" susceptible de déstabiliser les salariés, avec par exemple beaucoup moins de présentiel et davantage d’échanges en visioconférences ou encore des organisations du travail bousculées par la mise en œuvre des mesures barrières. "Nombre de collaborateurs qui ont recours aux lignes d’écoute signalent un manque de soutien de la part de leurs managers", pointe Emmanuel Charlot.

Pour prévenir les RPS lors de la phase de déconfinement, les cabinets conseil préconisent aux entreprises de pérenniser ces dispositifs et de communiquer sur ceux-ci afin qu’ils puissent continuer à être de vrais outils de prévention. "L’intérêt de la mise en place de ces programmes doit être bien compris par les salariés. Une démarche associant les représentants du personnel est recommandée", poursuit François Cochet. Si de nombreuses entreprises ont souscrit auprès des cabinets un forfait de quelques semaines pour soutenir leurs salariés au plus fort de la crise, le directeur de Stimulus regrette que peu d’entre elles aient manifesté le souhait d'engager une démarche plus pérenne.

Joëlle Maraschin
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