Vaccins contre la Covid-19 : les entreprises répondront-elles à l’appel ?

Vaccins contre la Covid-19 : les entreprises répondront-elles à l’appel ?

12.01.2021

Gestion du personnel

La ministre du travail, Elisabeth Borne, souhaite impliquer les entreprises dans les campagnes de vaccination contre la Covid-19. Si les grands groupes, aguerris aux campagnes antigrippes saisonnières, répondent présents, tous ne sont pas sur la même longueur d’onde. Des points de vigilance subsistent, en particulier logistiques, juridiques et même éthiques.

Les entreprises bientôt associées à la campagne de vaccination anti-Covid ? C’est ce que pourrait décider la ministre du travail dans les prochains jours. Interrogée le 5 janvier au micro de France info, Elisabeth Borne, a indiqué qu’elles "sont parties intégrante de la stratégie nationale de lutte contre l’épidémie", en rappelant qu'actuellement la priorité est aux personnes les plus fragiles face au virus. Le Medef et la CPME y sont d’ailleurs favorables. Dénonçant le "fiasco logistique et organisationnel du début de la campagne de vaccination en France", François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises, a insisté pour qu’elles aient "cette possibilité" ; chaque semaine perdue ayant "un coût en vies humaines d’abord, économique, ensuite".

"Inciter, sensibiliser"

Déjà, les entreprises peuvent depuis le 29 octobre proposer aux employés des tests du Covid-19, sur la base du volontariat et encadrés par la médecine du travail. Mais iront-elles plus loin ? Pour Audrey Richard, la présidente de l’ANDRH, "le sujet ne figure pas au rang des priorités immédiates des DRH, plutôt focalisés sur la reprise d’activité et le maintien de l’emploi", selon une enquête réalisée, la semaine dernière, auprès d’une dizaine d’entreprises, toutes tailles et tous secteurs confondus. Néanmoins, elles se disent prêtes à passer à l’acte. "En gros, elles répondent qu’elles seront là pour inciter, sensibiliser, en parler à tout le monde".

"On fera tout pour que nos collaborateurs bénéficient de ce vaccin sur la base du volontariat", confirme Tiffany Guilpain, RRH de JVWEB, une société spécialisée dans le webmarketing (65 salariés). Nous allons communiquer largement sur le sujet".

Gestion du personnel

La gestion des ressources humaines (ou gestion du personnel) recouvre plusieurs domaines intéressant les RH :

- Le recrutement et la gestion de carrière (dont la formation professionnelle est un pan important) ;
- La gestion administrative du personnel ;
- La paie et la politique de rémunération et des avantages sociaux ;
- Les relations sociales.

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Campagne anti-grippe

Dans le détail, toutefois, ce sont les entreprises qui savent déjà organiser ce type de campagne qui répondent plus largement à l’appel. C’est le cas, par exemple, d’Orange, qui a installé depuis plusieurs années un dispositif pour permettre à ses salariés d’être vaccinés contre la grippe ou pour le rappel des vaccins obligatoires. "On est complètement d’accord, insiste Gervais Pellissier, le directeur des RH et de la transformation du groupe de télécoms. Dès que les pouvoirs publics auront défini un protocole précis, nous y souscrirons. La médecine du travail est un bon relais et permet de décharger le service public qui pourra se concentrer plus particulièrement sur les personnes qui ne sont pas couvertes par les services de santé au travail". D’autant "qu’une grande partie des salariés, principalement des hommes âgés de 25 à 65 ans, n’ont pas de médecin traitant, pointe Marie-Pierre Pirlot, médecin-coordinateur au sein d’Orange, à la tête d’un service qui compte 68 médecins salariés et une centaine d’infirmiers sur toute le territoire. Le médecin du travail devient donc le médecin prioritaire".

De même, Renault, qui propose déjà des campagnes de vaccinations saisonnières ou des visites de prévention type cancer de la peau, y réfléchit. L’entreprise a mis en place une cellule de veille sur la Covid-19. Ce sujet est pris en charge par le médecin coordinateur.

Difficultés logistiques

Mais toutes les entreprises, et en particulier les PME et TPE, ne sont pas aussi bien loties. Et butent sur plusieurs problèmes. Logistiques, tout d’abord. Messer France, filiale d’un groupe allemand éponyme, spécialisé dans les gaz industriels, alimentaires et médicaux (350 salariés), compte ainsi un bon tiers d’équipes itinérantes, "éloignées du site de rattachement". "C’est une vraie problématique pour organiser la vaccination", reconnaît Marc Charpy, DRH de la filiale française. De plus, de nombreuses interrogations subsistent concernant l’approvisionnement des doses et la conservation des vaccins qui doit se faire à très basses températures. De nombreuses sociétés anticipent également une pénurie de médecins du travail, "déjà sur-sollicités". Un constat d’ores et déjà dressé pour la vaccination contre la grippe, mettant à mal le souhait du gouvernement. Les entreprises qui disposent de services de santé au travail seront-elles les seules à passer à l’acte ?

Craintes juridiques

Les craintes sont aussi juridiques. "L’entreprise a une obligation de prévention des risques qui engage sa responsabilité pénale, rappelle Marc Charpy. Or, que se passera-t-il pour un employeur si un salarié ressent des effets secondaires, une fois vacciné ?".

De plus, "la vaccination n’exonère pas en rien l’employeur d’insister sur la prévention, notamment sur le respect des gestes barrières et les modalités d’organisation du travail dont le télétravail", observe Tiffany Guilpain. Il s’agit d’un complément pour protéger les salariés, non d’un substitut ».

Questions éthiques

Les problèmes sont aussi éthiques. Les employeurs pourront-ils imposer cette vaccination pour favoriser un retour plus rapide au bureau ? Les DRH sont unanimes : il est hors de question d’obliger un salarié. "Il faut qu'on reste attentif, comme on l'est pour les tests quand on les fait en entreprise, que ce soit sur la base du volontariat et dans le respect du secret médical, a martelé Elisabeth Borne sur France info. Ensuite, le salarié est invité à informer son entreprise, évidemment, mais ce n'est pas une obligation. Il n'y a pas de transmission, de violation du secret". "Les DRH seront garants de la confidentialité des données, assure Audrey Richard. Nous n’irons pas vers un fichage des salariés, au risque sinon de créer une discrimination entre les salariés vaccinés et les autres".

Au-delà du problème de la confidentialité, certains DRH estiment que ce sujet ne relève pas de leurs prérogatives. "Il s’agit d’une démarche personnelle, relève Philippe Maurette, ancien DRH, consultant en management et gestion des ressources humaines qui intervient dans plusieurs secteurs dont l'agro-alimentaire. On est dans le domaine de la santé publique. L’Etat ou collectivité locales peuvent être mis à contribution mais ce n’est pas le rôle de l’entreprise de s’immiscer dans une problématique de ce type, qui touche à la vie privée des personnes". "Déjà les campagnes antigrippes font moins recette qu’il y a quelques années, renchérit Marc Charpy qui note qu’il n’y avait pas de demandes particulières de salariés sur ce sujet, lors de la dernière enquête de satisfaction, en décembre dernier. La vaccination est du ressort des autorités sanitaires et relève de la vie privée des salariés".

A l’inverse, Audrey Richard pense que les DRH doivent franchir le pas car "l’entreprise est considérée comme un lieu de confiance".

Passeport sanitaire ?

Reste donc pour les volontaires à attendre le protocole sanitaire qui donnera le go à la vaccination en entreprise. Et d’ores et déjà, plusieurs réponses précises sont attendues. A commencer par la possibilité d’établir - ou non - des catégories prioritaires. Chez Orange, par exemple, Gervais Pellissier souhaite que les 8 000 techniciens réseaux, qui interviennent chez les clients, notamment dans les hôpitaux et en Ehpad, soient prioritaires. Par ailleurs, il reconnaît qu’un passeport sanitaire risque d’être nécessaire "pour les déplacements professionnels à l’international, comme cela se fait déjà pour la fièvre jaune ou typhoïde en Asie".

Ce passeport est également plébiscité par Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef. Mais ce sujet inscrit dans le projet de loi d’urgence sanitaire de décembre dernier a été retiré depuis face au tollé que cette idée avait générée. Attention sujet sensible !

Anne Bariet
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