[interview] Laurent Pietraszewski : "Les services de santé au travail sont des ressources précieuses"

[interview] Laurent Pietraszewski : "Les services de santé au travail sont des ressources précieuses"

22.11.2020

HSE

Tests antigéniques, salariés vulnérables, recours au télétravail... Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État à la santé au travail, nous explique ce que le gouvernement attend des services de santé au travail en cette période de crise sanitaire.

Les services de santé au travail interentreprises ont parfois été pointés du doigt au début de la crise sanitaire. Des élus se sont notamment fait l'écho du mécontentement d'employeurs qui déploraient la mise au chômage partiel d'une partie du personnel des services. Depuis, ils sont tous en ordre de marche, assure l'association qui les représente, Presanse : sondage à l'appui, elle vante la satisfaction globale des entreprises adhérentes depuis le début de l'épidémie.

Le virus continue de se propager, le gouvernement compte bien s'appuyer sur ces services, qu'ils soient interentreprises (la grande majorité) ou autonomes, pour aider les employeurs à prévenir les contaminations, notamment. C'est dans cette optique que Laurent Pietraszewski, le secrétaire d’État en charge des retraites et de la santé au travail, en fonction depuis quelques mois, leur a adressé un courrier daté du 12 novembre 2020.

 
Vous adressez un courrier aux services de santé au travail pour leur fixer un cap. Pourquoi cette démarche et pourquoi maintenant ?

Laurent Pietraszewski : Ce courrier vise à confirmer aux services de santé au travail que la priorité de leur action pendant cette nouvelle phase de confinement est de participer activement à la lutte contre la propagation du covid-19 en milieu professionnel. À l’issue du premier confinement, les employeurs nous ont fait part de leur besoin d'accompagnement par les services de santé au travail. Nous avons voulu tirer tous les enseignements de cette période. Avec ce courrier, j'ai voulu donner aux services des premières indications sur ce qu'il y aura dans l'ordonnance et le décret à venir qui permettront d’organiser cette mobilisation.

 

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Dans le courrier, vous leur demandez, entre autres, d'aider à l'évaluation des risques et de conseiller les entreprises sur la prévention de la propagation de l'épidémie. Ne le font-ils pas déjà ?  

Laurent Pietraszewski : L'action des services de santé au travail s'est en effet très vite tournée vers la prévention de la propagation du covid-19. Cette action mérite d'être encore développée, mais aussi reconnue. D'une part, ce courrier est une façon de reconnaître l'engagement des services de santé au travail. D'autre part, il leur dit concrètement comment ils peuvent se réorganiser pour consacrer plus de temps encore aux employeurs et aux salariés en matière de prévention du covid-19. La question, notamment, des activités qui peuvent être – en tout ou partie – exercées par des infirmiers, est cruciale pour libérer du temps aux médecins. Les services intensifieront leur action en faveur de la prévention de la désinsertion professionnelle en mobilisant plus largement les infirmières en santé au travail pour les visites de pré-reprise (voir encadré)

Dans le protocole sanitaire, le gouvernement autorise désormais les employeurs à réaliser des campagnes de tests antigéniques. Vous appelez les services à les aider. Tous sont-ils prêts ? Leur personnel est-il formé ?  

Laurent Pietraszewski : Ces campagnes devront se dérouler dans des conditions sanitaires précises avec des indications de bon usage et de priorités. Nous finalisons, avec le ministère de la santé, le protocole qui devra être déployé en entreprise par les services pour réaliser les tests antigéniques. Ces tests, qui se feront sur la base du volontariat, nécessitent un prélèvement nasopharyngé ; il faut donc, en effet, un personnel formé à ces procédures. Ils seront supervisés par un professionnel du service de santé au travail car ils doivent être réalisés dans le respect du secret médical, puis leurs résultats saisis dans le système d’information national Sidep (système d’information national de dépistage du covid-19), afin de pouvoir déclencher le contact tracing.

 

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Les employeurs sont sollicités pour le contact tracing par les ARS (agences régionales de santé), déjà depuis plusieurs mois. La presse se fait l'écho d'une instruction du Directeur général de la santé qui déchargerait les ARS du contact tracing dès lors qu'un service de santé au travail peut s'en occuper. Confirmez-vous cette information ?  

Laurent Pietraszewski : Il n'est pas prévu aujourd’hui de modifier le fonctionnement des cellules de contact tracing de l’assurance maladie et des ARS. Mais en réalisant des tests et en saisissant informatiquement les données en matière de résultats des tests, les services de santé au travail contribueront à casser les chaînes de transmission du virus. 

Toutes ces actions, décrites dans votre courrier, demandent du temps. Prévoyez-vous un nouveau report de certaines visites périodiques, comme au printemps ?  

Laurent Pietraszewski : La question est encore à l'instruction. Je pense utile de réfléchir à accroître le rôle en santé au travail des infirmiers, sous la responsabilité des médecins. Cela contribuera à libérer du temps pour les médecins, afin qu’ils se consacrent à la prévention du covid-19. 

Le décret sur l'activité partielle des personnes vulnérables autorise les personnes atteintes de certaines pathologies à travailler sur site si des mesures de protection renforcées sont prises. Que répondez-vous aux associations de patients qui estiment que vous donnez ainsi les pleins pouvoirs à leurs employeurs ?  

Laurent Pietraszewski : Qui est-ce qui doit porter la responsabilité de l'obligation de moyens renforcée en matière de santé sécurité ? L'employeur. Ce n'est pas un choix personnel du ministre, mais la réalité du code du travail. Y a-t-il des gens pour conseiller l'employeur et le mettre en garde s'il ne respecte pas cette obligation ? Oui, les services de santé au travail d'une part – je leur demande d'ailleurs dans mon courrier de réaliser des actions de terrain pour accompagner employeurs et salariés vulnérables. Et d'autre part les représentants du personnel. Les salariés vulnérables peuvent avoir un dialogue serein avec l'employeur, être accompagnés par les services de santé au travail et les représentants du personnel.

Trouvez-vous que les employeurs jouent le jeu du télétravail, aujourd'hui ?  

Laurent Pietraszewski : Dans un sondage Harris interactive publié par le ministère du travail la semaine dernière, 45 % des Français déclaraient avoir réalisé tout ou partie de leur activité en télétravail au cours de la première semaine de novembre. La moyenne était de 2,7 jours télétravaillés par semaine fin octobre, elle était de 3,7 jours début novembre, preuve que nous progressons. Mais je regarde les choses en face : dans ce même sondage, 15 % des salariés estiment qu'ils auraient pu travailler à distance alors qu'ils se sont rendus sur leur lieu de travail à la demande de leur employeur. Il y a donc une marge de progrès. 

Il faut rester attentifs aux situations d’isolement et de vulnérabilité sociale que peuvent entraîner le télétravail. Les employeurs et les DRH doivent s'enquérir de la situation de tous leurs salariés qui travaillent à distance. Nous demandons aux services de santé au travail d'être particulièrement vigilants à ces situations. 

Vous dites vouloir tirer tous les enseignements du premier confinement concernant les actions des services de santé au travail. On pense bien sûr à ceux qui ont placé, un temps, du personnel en chômage partiel. Les services sont-ils désormais à la hauteur, selon vous ?

Laurent Pietraszewski : Ils ont pu se sentir démunis au mois de mars, faute d’indications claires. Aujourd'hui, nous leur fixons une feuille de route précise. L'idée est de regarder ce qu'on peut faire aujourd'hui, en tirant les enseignements de ce qui a été vécu dans la période précédente. Les services de santé au travail sont des ressources précieuses, en temps normal, et encore davantage en cette période où les enjeux de protection de la santé des actifs sont centraux. Je leur fais confiance pour mener à bien leur mission.

 

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Quelles nouvelles instructions exactement ?

Dans sa lettre, le secrétaire d'État liste ce qu'il considère être les quatre priorités sur lesquelles doivent se concentrer les services de santé au travail : 

  • l'accompagnement et le conseil des employeurs et des salariés (bonne compréhension du protocole sanitaire, renvoi vers le questions-réponses du ministère du travail, évaluation des risques via des interventions en milieu de travail) ;
  • l'apport de leur expertise sur le recours au télétravail, sur l'accompagnement des personnes vulnérables et sur le suivi des travailleurs saisonniers ou détachés ;
  • la participation aux opérations de dépistage et au contact tracing ;
  • la vigilance quant aux situations de "vulnérabilité sociale et détresse psychologique".

Le suivi individuel pourra à nouveau être effectué par téléconsultation. Les infirmiers pourront réaliser les visites de pré-reprise. Les médecins du travail seront à nouveau habilités à délivrer des arrêts de travail.

Une ordonnance et un décret allant dans ce sens seront publiés "très prochainement".

HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Pauline Chambost
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