[interview] Laurie Brun : "le retour d'expérience des opérateurs fait partie de l'analyse des risques liés aux robots collaboratifs"

[interview] Laurie Brun : "le retour d'expérience des opérateurs fait partie de l'analyse des risques liés aux robots collaboratifs"

10.10.2021

HSE

Les clés d'une collaboration travailleur-robot réussie ? Au-delà de l'analyse des risques initiale et de la formation, Laurie Brun, responsable d'études à l'INRS, appelle à prendre en compte les nouveaux dangers, à encourager la remontée d'information terrain et, surtout, à veiller à ce que l'opérateur parvienne toujours à s'approprier son travail.

Laurie Brun est responsable d'études au sein du département "Homme au travail" de l'INRS.

Ses travaux portent, notamment, sur l'impact de la robotique collaborative sur les situations de travail et sur les travailleurs.

Nous avons souhaité discuter avec elle du facteur humain de la collaboration opérateur-cobot (pour robot collaboratif). Voici ses recommandations pour une intégration réussie.

 

Un cobot, pourquoi faire ?

Laurie Brun : Pour les entreprises, opter pour un cobot, plutôt que pour un gros robot industriel classique, présente plusieurs avantages. Les cobots prennent moins de place, puisqu'ils ne nécessitent pas l'installation de barrière de protection autour d'eux. Ils sont également plus flexibles, et peuvent être installés sur plusieurs postes de travail.

Ils permettent également de soulager les travailleurs : souvent, les postes qui sont choisis pour intégrer les cobots sont ceux qui génèrent des douleurs et des problèmes de posture, car ce sont des postes à tâches répétitives, fastidieuses.

Les travailleurs peuvent-ils être réticents à l'idée d'intégrer un cobot dans leur quotidien ?

Laurie Brun : Pour les cobots comme pour les robots classiques, les travailleurs peuvent s'inquiéter des risques liés à l'automatisation : crainte de la perte d'emploi, et de la perte de compétences. C'est, d'ailleurs, d'autant plus vrai pour les cobots qu'ils sont plus petits et partagent l'espace de travail ; on peut donc leur prêter des qualités d'adaptation que les gros robots n'ont pas.

L'absence de barrières de protection autour du cobot peut aussi être une source d'inquiétude. Certes, le cobot est prévu pour s'arrêter en cas de choc avec un opérateur. Mais s'il s'arrête, c'est seulement une fois que le choc a déjà eu lieu.

Les cobots engendrent donc de nouveaux risques. Lesquels ?

Laurie Brun : Le risque le plus important, c'est le choc avec l'opérateur – à la tête, en particulier. 

Mais il y a aussi des risques liés à la compétence, à la charge mentale, au sens du travail. Il faut que l’opérateur puisse toujours s’approprier son travail, ne se sente pas mis de côté. Il faut veiller à garder un bon équilibre dans la répartition des tâches.

L'intégration d'un cobot peut également générer des problèmes d’inattention chez l'opérateur. En cas de problème, il pourrait ne plus être capable de réagir de façon appropriée, car ne sera plus habitué à être "dans la boucle". L'opérateur ne doit pas être trop déconnecté : il est important qu'il ait toujours conscience de ce que fait le robot, pour pouvoir s'adapter à son activité.

Quelles solutions pour prévenir les risques ?

Laurie Brun : Avant que le robot soit installé, il faut étudier la répartition des tâches et faire une analyse de risque. Mais c'est une analyse très théorique, finalement. On imagine ce qui va se passer pour neutraliser les plus gros risques – choc à la tête, par exemple – et déterminer les protections à mettre en place.

L'analyse va ensuite évoluer en fonction de la réalité, de la façon dont la collaboration se passe réellement. Les cobots sont assez nouveaux, il n’y a pas forcément de référentiels : ce sont les premiers opérateurs à les utiliser qui les testent. C'est important, de ce fait, qu’ils remontent les informations terrain aux concepteurs et intégrateurs pour faire les ajustements nécessaires dans le cas où de nouvelles douleurs ou des difficultés apparaîtraient.

Le cobot supprime des risques d'un côté, mais en rajoute de l'autre : il faut trouver une balance. Le retour d’expérience des opérateurs fait donc partie de l’analyse de risques, et de sa mise à jour. 

Quelle formation pour les opérateurs ?

Laurie Brun : Les opérateurs sont formés, c'est une obligation. Mais la formation est souvent très courte, parfois sur une demi-journée.

Autre paramètre : les premiers opérateurs sont formés par le fabricant ou l’intégrateur, mais ensuite, les opérateurs suivants sont formés par les premiers opérateurs. C’est bien, dans ce cas, d’avoir des suivis un peu formalisés, pour garder des références.

Faut-il former les travailleurs qui ne sont pas en contact avec le cobot ?

Laurie Brun : La formation est liée aux fiches de postes des opérateurs. Si elle nécessite qu’ils soient formés à réagir en cas de problème, même lorsqu'ils n'ont pas de contact régulier, il faut évidemment les former. Mais le plus souvent, ceux qui sont formés sont ceux qui sont en contact permanent avec le cobot.

Il n'y a donc pas de formation directe pour les opérateurs autour. Néanmoins, il peut être utile de leur donner des informations, afin qu’ils comprennent ce qu’il se passe et sachent identifier d'éventuelles anomalies. Savoir identifier qu'un cobot est lent, par exemple, permettrait d'adapter le rythme au cobot et aux opérateurs qui sont au contact de la machine.

HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Olivia Fuentes
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