"Toutes les entreprises doivent se poser la question du risque radon"

"Toutes les entreprises doivent se poser la question du risque radon"

06.11.2018

HSE

Depuis le 1er juillet, avec la transposition de la directive 2013/59/Euratom, la France a modifié la prévention des risques d'exposition aux rayonnements ionisants. Les émanations de radon sur le lieu de travail, jusqu'alors assez peu prises en compte, deviennent un élément à intégrer lors de l'évaluation des risques, a fortiori si l'entreprise est en "zone 3" selon la nouvelle cartographie. Deux seuils sont fixés : 300 Bq/m3 pour la concentration en radon, et 6 mSv/an pour la dose sur le travailleur. Explications avec Nicolas Michel de l'IRSN.

Il y a très exactement 6 999 communes françaises, réparties dans 70 départements, qui sont aujourd'hui listées en zone 3 pour leur potentiel d'émanation du radon. C'est-à-dire qu'elles sont construites, au moins en partie, sur des formations géologiques (massifs granitiques, roches volcaniques…) qui émettent davantage de radon qu'ailleurs.

La liste, plus précise qu'auparavant, a fait diminuer le nombre de communes intégrées : si l'on considère le même découpage communal (datant de 2016) et les 31 départements alors classés comme prioritaires, 10 195 communes étaient concernées dans l’ancienne carte.

Si ce classement vient d'être mis à jour – sur un travail de l'IRSN validé par l'ASN – et publié par arrêté, c'est notamment pour servir de base à la nouvelle obligation faite aux employeurs d'intégrer le radon dans leur démarche d'évaluation des risques, depuis le 1er juillet 2018, suite à la transposition de la directive Euratom de 2013.

La faute au grand-père

Pour bien comprendre le risque radon, il faut se pencher sur son arbre généalogique. La faute incombe en effet à son aïeul, l'uranium. Un grand-père précieux, présent dans chaque roche, qui transmet ses pouvoirs de génération en génération : en se désintégrant, l'uranium engendre toute une famille radioactive. Dans cette lignée, on trouve le radon. Signe distinctif : c'est un gaz.

Présent en permanence à la surface de la terre, le radon transpire surtout des sous-sols granitiques et volcaniques, ainsi que de certains matériaux de construction. Il représente – fait assez peu connu – au moins le tiers de l'exposition à la radioactivité reçue chaque année par la population française. Ce gaz inodore et incolore se dégrade vite, donnant à son tour naissance à des métaux radioactifs à vie courte.

La dangerosité vient surtout de ses descendants : les poloniums 218 et 214 viennent se nicher dans les alvéoles pulmonaires, exposant les tissus. "Plus il y a de descendants radioactifs du radon dans l'air, plus le risque est important", résume Nicolas Michel, chef de la cellule enseignement du pôle santé-environnement de l'IRSN.

Une question pour toutes les entreprises...

"Toutes les entreprises doivent désormais se poser la question du risque radon", explique Nicolas Michel. Ne pas être géographiquement situé en zone 3 n'exonère pas de cette obligation. "Le radon est toujours présent. Néanmoins, sa concentration dans les bâtiments varie selon la nature du bâtiment et la façon d'y vivre."

Même si le radon n'est pas lié à l'activité professionnelle, la prévention de l'exposition aux rayonnements ionisants (article L. 4451-1 du code du travail) concerne chaque employeur depuis le 1er juillet 2018. Ce qui ne veut pas dire que toutes les entreprises ont un risque radon dans leurs locaux, ni que toutes vont devoir faire des mesurages, et encore moins qu'elles devront faire d'importants travaux pour réduire le risque, ou équiper tous leurs employés de dosimètres.

... avec une approche graduée

En transposant la directive 2013/59/Euratom, la France en a profité pour essayer de mieux articuler les dispositions spécifiques à la radioprotection avec celles concernant les autres risques professionnels. "Recentrées sur des obligations de résultat, ces nouvelles dispositions réglementaires adoptent une approche graduée visant à une meilleure adéquation des exigences à la nature et à l’ampleur du risque", est-il affirmé dans la circulaire publiée fin octobre par la DGT.

Ce principe est valable pour le radon. La même circulaire indique ainsi que "lorsque le lieu de travail se situe dans une zone à potentiel radon faible […] et que l'employeur n'a pas connaissance d'éléments laissant supposer une concentration d'activité de radon dans l'air supérieure au seuil fixé à l'article R. 1333-29 du code de la santé publique [soit 300 Bq/m3 en moyenne annuelle], le risque associé peut être négligé du point de vue de la radioprotection et l'employeur peut ne pas réaliser les mesurages".

Ainsi, selon Nicolas Michel, "seule une toute petite proportion d'entreprises auront à poursuivre la démarche au-delà de l'étape du mesurage".

Premiers réflexes

Une fois la question posée sur la table, que faire, où aller chercher des réponses, par où commencer la démarche "graduée" ? Premier réflexe : regarder si la commune est en zone 3 (potentiel radon significatif), 2 (potentiel radon faible mais avec des facteurs géologiques particuliers qui peuvent faciliter le transfert du radon vers les bâtiments) ou 1 (potentiel radon faible).

L'IRSN tient une carte interactive à jour. La liste correspond à l'arrêté paru fin juin.

En zone 3, il faut forcément pousser l'enquête. En zones 2 ou 1, il faut se poser la question. "Si on n'est pas dans une zone à risque, et que l'on n'utilise pas des locaux en sous-sol, il n'y pas de raison de faire une analyse des risques plus poussée, indique Nicolas Michel. Si on est en zone 2, et que le bâtiment est, par exemple, juste au-dessus de l'ancienne mine, il va peut-être falloir faire des mesurages."  Une discussion doit s'engager entre les différents acteurs de la prévention dans l'entreprise.

En zone 3 ou en cas de doute, il sera sans doute nécessaire de prendre le temps de faire quelques mesures. Des DSTN (détecteurs solides de traces nucléaires) pour le radon sont disponibles dans le commerce à des prix accessibles (quelques dizaines d'euros). Certains vont être davantage adaptés au mesurage dans des bureaux (boîtiers ouverts), d'autres en situation de travail (boîtier fermé). Dans tous les cas, il est important de bien suivre la notice et de privilégier un mesurage sur un temps assez long (2 à 3 mois), de préférence en hiver, lorsque l'on aère moins.

Le mesurage se fera plutôt dans les parties basses du bâtiment. S'il y a des postes de travail en sous-sol, c'est en priorité là qu'il faudra aller voir la concentration de radon.

Quand on dépasse les 300 Bq/m3

Le dosimètre a parlé : il est dans le rouge, les 300 Bq/m3 prévus par la réglementation sont dépassés. "On ne s'affole pas et on se demande pourquoi", rassure Nicolas Michel. Souvenez-vous de l'arbre généalogique du radon : le danger vient de ses descendants solides. Dans un local bien ventilé, ils n'auront pas le temps de se former en nombre.

A contrario, plus l'air est confiné, plus le risque est important. "Dans la plupart des cas, lorsque les règles du code du travail concernant l'aération et le renouvellement d'air sont respectées, on n'atteint pas le seuil de 300 Bq/m3", insiste l'expert de l'IRSN.

Il suffit donc souvent de réparer la ventilation, ou d'en installer une plus performante pour voir le dosimètre repasser dans le vert. Autre piste qui peut être vérifiée : l'étanchéité du bâtiment.

Calculer la dose

Le becquerel (Bq) correspond à une désintégration par seconde. Le Bq/m3 est l’unité de mesure de la concentration en radon dans l’air.

Le sievert (Sv) permet d'évaluer l'impact des rayonnements sur un organisme. Rapporté à une durée (mSv/an), il donne la dose.

Si l'on est toujours au-dessus de 300 Bq/m3, on doit passer à la question suivante : la dose. C'est là que les choses se compliquent un peu. L'objectif est à présent de savoir s'il y a des lieux dans l'entreprise où l'exposition des travailleurs dépasse, en dose reçue, les 6 mSv/an.

Si tel est le cas, il sera alors nécessaire de créer une zone réglementée "radon". Tout travailleur dans ce périmètre fera l'objet d'un suivi dosimétrique et bénéficiera d'un suivi individuel renforcé par la médecine du travail.

Passer de la concentration en radon dans l'air d'une pièce à la dose pour la personne qui est dans cette pièce n'est pas chose aisée. C'est le moment où il faut se tourner vers des spécialistes, sortir la grosse calculette... et attendre l'arrêté "dosimétrie des travailleurs", prévu à l’article R. 4451-12 du code du travail, qui devrait paraître très bientôt et comportera une annexe sur le radon.

"Nous avons essayé de parvenir à une méthode de calcul assez simple pour qu'un employeur puisse avoir une idée approximative de la dose", dévoile Nicolas Michel, rappelant que "le calcul de la dose n'est jamais exact, c'est toujours une évaluation". Il souligne qu'un retour d'expérience sera nécessaire au bout de la première année d'application.

"Pour passer du Bq à la dose, il y a tout un tas de coefficients à appliquer et il faut d'abord connaître le facteur d'équilibre entre le radon et ses descendants radioactifs." Ce facteur d'équilibre varie selon les lieux, et selon la ventilation – insistons à nouveau sur son importance. Dans deux locaux présentant la même concentration de radon, les 6 mSv/an pourront être atteints dans l'un, mais pas dans l'autre.

"Pour un bâtiment qui respire disons de façon standard, on estime que le facteur d'équilibre est à 0,4. Cela veut dire qu'on est presque à 50% entre le radon et ses descendants dans l'air. Dans un bâtiment où le taux de renouvellement de l'air est particulièrement élevé, il est presque possible de n'avoir que du radon, sans ses descendants." On vous avait dit qu'il était important de vous présenter toute la famille.

 

Ordres de grandeur

► Une concentration en radon de 300 Bq/m3 équivaut à peu près, pour un an d'exposition en continu (soit environ 9 000 heures), à 20 mSv.

► En France métropolitaine, l’exposition moyenne (dose efficace corps entier) est de 4,5 mSv/an.

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HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Élodie Touret
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