Coronavirus : que se passe-t-il dans les abattoirs ?

Coronavirus : que se passe-t-il dans les abattoirs ?

03.07.2020

HSE

Quelles sont les causes pouvant expliquer que les abattoirs se transforment en de redoutables clusters de l'épidémie de covid-19, exposant à la fois les travailleurs et leur entourage ? Le coronavirus Sars-CoV-2 survit longtemps dans le froid, l'humidité et sur les surfaces métalliques de ces industries agroalimentaires. Mais les conditions de travail, l'organisation du travail, et des EPI peu efficaces expliquent aussi la surexposition.

En dépit des mesures préconisées par la MSA "pour éviter toute propagation du covid-19 en abattoir", plusieurs foyers de contamination ont été observés dans des abattoirs industriels en France, comme c’est le cas dans d’autres pays.

Début mai, les Centers for disease control and prevention (CDC) aux États-Unis s’alarmaient déjà de l’existence de tels clusters. La découverte fin juin en Allemagne d’un gigantesque foyer de contamination dans le plus grand abattoir européen, avec 1 500 personnes contaminées pour un peu plus de 6 000 salariés, a ravivé les inquiétudes. Alors que l’Allemagne a dû reconfiner la population habitant à proximité de l’abattoir Tönnies, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la question se pose de l’efficacité des mesures de prévention mises en œuvre dans ces milieux professionnels à haut risques.

Dans un communiqué commun du 24 juin, l’Académie de médecine et l’Académie vétérinaire recommandent de renforcer à la fois le contrôle des conditions de travail dans les abattoirs et la surveillance médicale des salariés.

Froid, humidité, métal

Un certain nombre de facteurs relatifs à l’environnement de travail des abattoirs sont avancés pour expliquer ces foyers de contamination. Le coronavirus Sars-CoV-2 aime l’atmosphère froide et humide des établissements d’abattage. "On sait aussi que le virus survit plus longtemps sur les surfaces métalliques, très présentes dans ces lieux de travail", souligne Quentin Durand-Moreau. Professeur adjoint à l’université d’Alberta au Canada, ce médecin du travail a publié avec ses confrères un article sur les différents facteurs de risques de transmission du virus dans les abattoirs.

L’Académie de médecine précise de son côté que la propagation du virus dans les abattoirs est favorisée par les systèmes de ventilation et de nettoyage par eau pressurisée. "Le port permanent du masque est difficile, surtout dans ces espaces clos où le niveau sonore impose souvent de se rapprocher et de hausser le ton pour échanger entre collègues, ce qui favorise la transmission virale par gouttelettes de salive", ajoute-t-elle.  

Et les masques peuvent être humidifiés, ce qui nuit à leur capacité de filtration. "Nos métiers sont très physiques, nos masques sont rapidement humides et sales", signale Marie-Jeanne Meunier, élue CFDT au CSE de l’établissement d’abattage Cooperl Lamballe dans les Côtes-d'Armor, déplorant que l'employeur ait choisi de "fournir 4 masques lavables en tissu par salarié", alors que le CSE avait "demandé la mise à disposition de masques chirurgicaux".

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Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Tant l'Académie de médecine que les médecins du travail soulignent que les conditions de promiscuité rendent difficile le respect d’une distanciation physique, que cela soit dans le vestiaires, sur la chaîne de travail, ou lors des pauses.

La fiche de la MSA – qui fait partie des fiches diffusées par le ministère du travail – préconise pourtant de revoir l’organisation du travail afin de limiter les risques de propagation du virus (échelonnement des prises de poste, réduction des cadences…).

"Nous n’avons pas de marge de manœuvre, témoigne pourtant Marie-Jeanne Meunier. Les salariés sont toujours collés les uns sur les autres pour le pointage ou dans les vestiaires." Dans un contexte très concurrentiel et de forte demande, il n’a visiblement pas été question de réduire le nombre de personnels sur site. "Les cadences n’ont pas été diminuées, nous avons même travaillé et produit encore plus que d’habitude pour remplir les magasins d’alimentation", ajoute la représentante du personnel.

La CGT agroalimentaire bretonne a demandé une nouvelle organisation du travail dans les abattoirs, notamment une baisse des cadences, afin de garantir la sécurité des salariés.

Travailleurs précaires

À Cooperl Lamballe comme dans d’autres gros abattoirs, le recours à des intérimaires et travailleurs étrangers, le plus souvent recrutés en sous-traitance, est habituel. Marie-Jeanne Meunier indique que son entreprise ne pourrait tout simplement pas fonctionner sans eux. La barrière de la langue peut compliquer la compréhension et la mise en œuvre des mesures sanitaires. De plus, ces salariés intérimaires peuvent travailler dans plusieurs abattoirs.

L’Académie de médecine rappelle que ces salariés vivent souvent dans des conditions précaires favorisant les risques de contagion : hébergements collectifs avec forte densité humaine, logements précaires de familles nombreuses… Leurs conditions de transport, par bus notamment, sont aussi susceptibles de favoriser la diffusion du virus à l’intérieur de l’entreprise comme à l’extérieur.
L’Académie préconise de fait d’intégrer le personnel des abattoirs dans un programme national de dépistage du covid-19. L'élue CSE de l'abattoir des Côtes-d'Armor, confirme qu'"à la demande de l’ARS, l’entreprise devrait lancer début juillet une campagne de dépistage sur la base du volontariat".

Joëlle Maraschin
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