Covid-19 : à quoi servent les labels ?

Covid-19 : à quoi servent les labels ?

05.06.2020

HSE

Des labels "Covid-19" pour entreprises voient le jour, surtout pour rassurer les salariés et les clients. Le regard d'un tiers de confiance sur les mesures prises peut aussi parfaire la politique de prévention contre le virus. Mais ces outils ont des limites, ce ne sont pas des certifications mais seulement des photographies datées d'une situation à un instant T.

Des organismes commercialisent depuis quelques jours des labels attestant le respect par les entreprises des mesures sanitaires contre le coronavirus. Le but de la démarche est principalement de "rassurer" les clients et les salariés, expliquent les concernés. Beaucoup d'employeurs se plaignent d'avoir "du mal à redonner confiance", rapporte par exemple Elian Blanchon, directeur business line conseil d'Apave. "Les établissements recevant du public sont la première cible", explique-t-il. Mais des entreprises de tous secteurs sont déjà intéressées, assurent nos interlocuteurs. Hôtels, usines, parcs d'attraction, entreprises du BTP… y trouvent un intérêt.

La méthode de labellisation varie un peu selon les acteurs du marché. Les organismes modifient plus ou moins leur cahier des charges en fonction de leurs clients. Par exemple, Afnor Certification en a élaboré un qui "se veut très généraliste" mais qui peut être complété en fonction des secteurs, explique Béatrice Poirier, cheffe de projet en santé sécurité au travail. De son côté, Laurent Croguennec, directeur général de Bureau Veritas Certification nous indique que "l'architecture du cahier des charges est commune mais on l'adapte aux spécificités de la structure. C'est une co-construction avec l'entreprise". Ce sur-mesure ne risque-t-il pas de remettre en cause la valeur du label ? "Un cahier des charges n'a de valeur que s'il est pertinent à l'échelle d'une entreprise ou d'un secteur. Mais nous ne délivrons pas pour autant de diplôme en chocolat", assure Laurent Croguennec.

En général, les cahiers des charges reprennent les recommandations des autorités, comme les fiches de la DGT par exemple, et s'appuient sur des référentiels mondiaux de l'OMS notamment, des guides sectoriels et des retours d'expérience. Peuvent être demandés aux entreprises, pêle-mêle : des preuves d'achat des moyens de protection, un plan du magasin décrivant la gestion des flux de personnes, la signature des salariés attestant qu'ils ont bien été sensibilisés au risque, des photos des affichages à destination des clients… En guise d'exemple : Afnor Certification a établi une centaine de critères.

 

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Pas de certification

La méthode de vérification du respect des mesures n'est pas la même partout non plus. Apave décerne le label et l'autocollant qui l'accompagne après un audit documentaire. La visite sur le terrain, inopinée, n'a lieu qu'après, dans un délai de six mois. Autre procédure chez SGS avec qui "la délivrance du label et donc la possibilité de l'afficher ne se fait qu'après vérification, souvent inopinée, sur les différents sites du client", nous explique Sébastien Peureux, directeur commercial. La durée de la procédure varie en fonction de l'organisme qui la mène, de la taille de l'entreprise concernée et du nombre de sites mais pour les plus petites structures, une semaine peut parfois suffire.

Ensuite, la validité n'est pas la même partout. Bureau Veritas labellise pour six mois. Les entreprises auditées par Afnor Certification ont le droit d'afficher leur macaron pendant un an mais l'agence n'aime pas trop parler de validité. Franck Pinguet, chef de produit à Afnor Certification insiste : "ce n'est pas une certification mais une photographie à l'instant T".

Sa collègue Béatrice Poirier précise qu'il est par conséquent nécessaire de refaire des vérifications de temps en temps. Elle raconte : "des stations de ski que nous venons de vérifier ont déjà prévu qu'on aille les voir pour la saison hivernale puisque les conditions et les activités ne seront pas les mêmes". D'ailleurs, Afnor privilégie le terme de vérification à celui de labellisation. Certains critères élaborés par l'agence concernent l'actualisation : elle regarde notamment si l'entreprise auditée a un dispositif de veille lui permettant de s'adapter sans cesse aux recommandations sanitaires actualisées. 

Dialogue social

Dans une entreprise dans laquelle le dialogue social fonctionne correctement, on peut imaginer que les salariés ont participé à l'élaboration du protocole sanitaire et que l'intervention d'un organisme extérieur est donc inutile. "Dans ce cas, l'intérêt n'est en effet pas le même, la tierce partie n'est pas là pour rassurer ou aider à la paix sociale mais vérifier que tout tient la route", vante Elian Blanchon. N'est-ce pas là le rôle du service de santé au travail ? "Pourquoi pas mais en a-t-il seulement les moyens ?", répond Sébastien Peureux. "II y avait plutôt un bon dialogue social mais la volonté qu'un tiers de la direction vienne avec une vision externe" a constaté Béatrice Poirier dans les premières entreprises vérifiées par Afnor Certification.

Le label pourrait aussi être un bon moyen pour les donneurs d'ordre, au nom de leur devoir de vigilance, de vérifier que leurs prestataires sous-traitants ont bien mis en place des mesures de protection pour leurs salariés. Mais cet intérêt n'est pas mis en avant par nos interlocuteurs. Pour le moment, Sébastien Peureux n'a pas observé ce cas de figure. 

Histoire d'image

On peut aussi imaginer que les entreprises qui n'accueillent pas de public et qui sont déjà normalisées ISO 45001 (qui certifie les systèmes de management de la santé et de la sécurité au travail) n'ont pas besoin de se faire labélisées pour montrer qu'elles protègent leurs salariés spécifiquement du risque de contamination. "Oui, ces entreprises seront mieux organisées pour mettre en œuvre les mesures. Mais l'ISO 45001 ne leur donne pas le même affichage et la reconnaissance auprès des parties prenantes. Ici, c'est plus une histoire d'image", argumente Béatrice Poirier.

 

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L'intérêt d'un label dépend en effet de sa perception. Elian Blanchon espère que celui d'Apave sera "connu et compris du grand public". Mais avec la multiplication des initiatives, les clients s'y perdront sans doute et ne seront pas toujours quelle signification donner à un sticker. Peut-être d'autant plus si le cahier des charges à respecter varie même d'une entreprise à l'autre pourtant labellisée par le même organisme.

"C'est la problématique centrale de la labellisation", reconnaît Sébastien Peureux de SGS, qui fait bien la différence avec la certification. Il relativise : "les référentiels des différents organismes sont souvent communs et l'augmentation des retours d'expérience lisse les différences". Surtout, d'après lui, le label permet aujourd'hui de "répondre à des impératifs dans une échelle de temps très courte". Il imagine "probablement une convergence dans un second temps". D'ailleurs, Apave et Afnor Certification viennent de s'associer pour établir un cahier des charges commun propre au BTP.

HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Pauline Chambost
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