Recrudescence d'accidents du travail graves et mortels depuis le déconfinement

Recrudescence d'accidents du travail graves et mortels depuis le déconfinement

09.07.2020

HSE

La Direccte Hauts-de-France alerte sur une hausse du nombre de chutes de hauteur ces dernières semaines. Désorganisation, volonté de rattraper des délais et relâchement du respect des mesures de prévention, sont des pistes d'explication. Les contrôles des inspecteurs du travail sont renforcés.

"Un risque peut en cacher un autre", ont l'habitude de marteler les préventeurs. La formule est criante d'actualité. Alors que les yeux sont rivés sur les risques de contamination du coronavirus, la Direccte Hauts-de-France constate "une forte et inédite recrudescence du nombre d’accidents du travail graves et mortels dans la région". La plupart sont liés aux chutes de hauteur, en particulier lors de travaux exécutés pour le compte et au sein d’une autre entreprise. 

Dans un communiqué du 2 juillet 2020, elle comptabilise pour le seul mois de juin six accidents du travail graves ou mortels, en lien avec une chute de hauteur, dont trois accidents mortels… contre huit accidents du travail mortels dus aux chutes de hauteur recensés pour l’ensemble de l’année 2019.

Contactée, la Direccte nous indique que ces accidents sont survenus tant sur chantier qu’en entreprise : chute depuis un échafaudage incomplet à cause de l'absence de garde corps, chute d’une toiture sans protection périphérique ni filet de sous face, chute à travers une toiture en matériaux fragiles, chute à travers une trémie non protégée, chute d’une échelle et chute depuis la toiture d’un silo.

 

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Désorganisation

De manière générale, le risque de chute de hauteur est principalement lié à l’insuffisance des équipements de protection, d'après la Direccte. Il est aussi dû, dans certains cas, à l’absence totale de moyen de protection ou à l’utilisation d’équipements de travail inappropriés tels que l’échelle, l’escabeau alors que les travaux nécessitaient des échafaudages ou des nacelles.

L'administration attend l'analyse complète des accidents recensés pour expliquer cette augmentation du nombre d'accidents au moment de la reprise d'activité. Elle esquisse cependant quelques pistes : le relâchement dans le respect des mesures de prévention concernant les risques propres à l’activité, la tendance à la désorganisation (matériel temporairement indisponible, approvisionnements décalés...) et les délais de réalisation impératifs malgré le retard pris en raison du ralentissement de l’activité.

"La coactivité n'est pas forcément plus importante, mais différente", observe actuellement Vincent Giraudeaux, coordinateur SPS (en matière de sécurité et de protection de la santé). Autrement dit, il n'y a pas plus de monde qu'habituellement sur les chantiers, mais des corps de métier travaillent ensemble alors que ce n'était pas prévu. Aussi, certaines entreprises, pour mettre "un coup d'accélérateur", sollicitent des salariés pour des postes qu'ils n'ont pas l'habitude d'occuper. "Dans les accidents graves que nous avons observés pour le moment [pas dans les Hauts-de-France, mais dans le cadre de son activité ndlr], on remarque des personnes qui n'auraient jamais dû se trouver là à ce moment", indique-t-il.

Le préventeur évoque aussi une perte de "réflexes" des travailleurs, après la suspension de l'activité. "On note systématiquement une hausse des accidents en septembre, après la pause de l'été, parce qu'il faut se remettre en ordre de marche. L'organisme n'a pas fonctionné de la même manière pendant les vacances. En général, on est pas au top la première demi-journée". D'ailleurs, l'article 4141-2 du code du travail fixe que l'employeur organise une formation à la sécurité, à la demande du médecin du travail, pour les travailleurs qui reprennent leur activité après un arrêt de travail d'au moins 21 jours.

Management de la sécurité 

 "L’absence ou l’insuffisance d’évaluation des risques par rapport au travail réel est aussi constatée", nous relate également la Direccte. Elle appelle alors les entreprises a bien évaluer les risques : "Les habitudes de travail ont pu changer, l’organisation a pu être modifiée et générer de nouveaux risques. Il est possible d’éviter ou de diminuer ces risques une fois identifiés et analysés, en adoptant les mesures organisationnelles, techniques et humaines, adaptées".

"Les entreprises doivent s’interroger sur l’encadrement mis en place (est-il suffisant), sur les informations et formations des travailleurs à la sécurité et de façon plus globale sur le management de la sécurité en entreprise", ajoute notre interlocuteur à la Direccte. Et de poursuivre : "Une vigilance particulière doit être prêtée aux nouveaux embauchés, jeunes travailleurs et travailleurs précaires (CDD et intérimaires) plus vulnérables face aux accidents du travail".

 

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Plus de contrôles

La Direccte a engagé une opération de sensibilisation et poursuit la campagne nationale "travaux en hauteur, pas droit à l'erreur". "Nous n'avons pas observé de hausse du nombre d'accidents mortels dans l'Oise mais venons de décider de remettre en place une campagne de prévention sur les chutes de hauteur pour sensibiliser à nouveau les salariés", témoignait déjà, il y a quelques jours, Angélique Verzele, directrice du SmiBTP, un SSTI spécialisé dans le BTP.

La Direccte Hauts-de-France a aussi annoncé un renforcement des contrôles des agents de l’inspection du travail sur les chantiers et dans les entreprise. 

 

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HSE

Hygiène, sécurité et environnement (HSE) est un domaine d’expertise ayant pour vocation le contrôle et la prévention des risques professionnels ainsi que la prise en compte des impacts sur l’environnement de l’activité humaine. L’HSE se divise donc en deux grands domaines : l’hygiène et la sécurité au travail (autrement appelées Santé, Sécurité au travail ou SST) et l’environnement. 

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Pauline Chambost
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