"La crise amène les experts-comptables à se transformer"

"La crise amène les experts-comptables à se transformer"

29.05.2020

Gestion d'entreprise

En première ligne pour aider les entrepreneurs fragilisés, les experts-comptables doivent apprendre à prendre du recul. Les explications de Matthieu Poirot, psychologue, dirigeant de Midori Consulting.

Face à un client en détresse, quelle peut être l’attitude d’un expert-comptable ?

Il y a deux principaux pièges à éviter. Le premier est d’avoir une position purement technique et de ne pas écouter les émotions qui circulent à travers la relation à l’autre. C’est aussi une façon de mettre cette émotion à distance et de se protéger, dans  une situation difficile. Le second piège est d’être dans une forme d’évitement. C’est le cas quand on est difficilement joignable au téléphone, par exemple quand la boîte vocale est pleine, que l’on renvoie vers son email ou que l’on délègue à d’autres pour se débarrasser. Là aussi, on a affaire à un professionnel qui n’est pas à l’aise avec ses émotions ni avec les émotions des autres et qui, en situation de crise, se rend peu disponible. Entre ces deux cas de figure, il y a l’expert-comptable à la fois technicien, qui va trouver des solutions aux problèmes de son client, et en même temps humain, qui va se montrer bienveillant  et faire preuve d’empathie. Ce côté rassurant doit donc se caractériser par l’expertise mais aussi par les qualités relationnelles.

Gestion d'entreprise

La gestion d’entreprise constitue l’essentiel de l’activité d’un dirigeant d’entreprise. Elle fait appel à un grand nombre de notions empruntées de la comptabilité (analyse du bilan, compte de résultat, prévisionnel, budgétisation...), de la finance (la gestion des risques au moyen de la gestion des actifs et des assurances professionnelles), du droit des affaires (choix du statut juridique, contrats commerciaux, fiscalité)

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Comment l’expert-comptable peut-il se prémunir contre la lassitude et éviter d’être trop affecté par les problèmes qu’il rencontre ?
La récupération, notamment mentale, est essentielle

Les difficultés des clients peuvent faire résonner quelque chose chez les dirigeants de cabinets comptables qui, après tout, sont eux aussi des chefs d’entreprise. Quand l’ambiance est anxiogène, ils peuvent avoir tendance à s’enfermer davantage dans leurs réflexes qui consistent à vouloir tout maîtriser, à jouer les super-héros ou les pompiers. La conséquence est une surdose de travail, caractérisée par le fait de vouloir répondre aux besoins des clients en permanence, sans se donner le temps de récupérer. Circonstance aggravante : les cabinets ont du organiser le télétravail généralisé du jour au lendemain, en pleine période de clôture des comptes et gérer beaucoup de situations managériales complexes. Pour les experts-comptables, il a fallu trouver un nouveau mode de management à distance. Aussi, la récupération, notamment mentale, est essentielle. Il y a deux manières de récupérer : soit par la distraction, le fait de décrocher, de faire autre chose que travailler. Soit par le fait d’être dans l’acceptation. Il s’agit alors de se confronter à ses peurs et à ses limites, de se résoudre à ne pas être un surhomme, d’accepter d’être énervé et en proie aux émotions. Car le fait de ne pas accepter ses émotions et de lutter contre elles ne fait que les amplifier. Plus on lutte contre son ressenti et contre soi-même, et plus on se fatigue, ce qui mène tout droit au burn-out.

La période actuelle peut-elle engendrer du positif ?

Toute crise est un amplificateur de  problèmes ou de transformations. C’est le moment pour les experts-comptables de réfléchir à leur positionnement, à leur management et à leur relation clients, et de prendre la crise comme un révélateur. Beaucoup de professionnels seront amenés à se transformer durablement. L’enjeu est de ne pas devenir une caricature, quelqu’un qui se réfugie dans sa zone de confort et dans les automatismes. Il faut rester flexible, notamment vis-à-vis des collaborateurs qui vivent aussi des changements : avoir une approche collaborative et participative. Vis-à-vis des clients, c’est le moment ou jamais de faire correspondre à la réalité le discours très répandu sur la proximité des cabinets avec leur portefeuille. D’autant plus qu’on n’a pas besoin de grand-chose pour pratiquer l’empathie : il suffit de s’intéresser aux personnes et à leur vécu, en posant quelques questions simples. Il faut également aider les clients à se projeter dans l’avenir et à faire des projets. La période est vraiment propice à la création de liens, et le client qui aura été pris en charge de façon humaine pendant ses difficultés saura s’en souvenir et rester fidèle à son prestataire. De façon générale, ce qui permet de tenir dans une crise, c’est le maintien d’un lien de confiance, à la fois avec ses collaborateurs et avec ses clients.

Propos recueillis par Olga Stancevic
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