Covid-19 : des petites entreprises en pleine tempête économique

Covid-19 : des petites entreprises en pleine tempête économique

21.04.2020

Gestion d'entreprise

Baisse du chiffre d'affaires, craintes de faillites, demandes de financement auprès des banques, retards de paiement... Une enquête de la CPME témoigne des nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les dirigeants de TPE-PME depuis le début de la crise.

Le cap du million de petites entreprises ayant demandé à bénéficier du fonds de solidarité a été franchi ce week-end. Ce dispositif, rappelons-le, est ouvert aux TPE et travailleurs indépendants réalisant moins d'un million d'euros de chiffre d'affaires, qui subissent une perte importante d'activité (à partir de -50% de chiffre d'affaires par mois) ou qui font l'objet d'une interdiction administrative d'accueil du public (restaurants, cafés, magasins de vente sauf exception, etc). Il permet notamment d'obtenir une aide mensuelle de 1500 euros et un report de paiement des loyers et des factures d'électricité et d'eau des locaux commerciaux. Cette très forte demande est la preuve que les entreprises, et surtout les plus petites, sont frappées de plein fouet par la crise du Covid-19. 

Gestion d'entreprise

La gestion d’entreprise constitue l’essentiel de l’activité d’un dirigeant d’entreprise. Elle fait appel à un grand nombre de notions empruntées de la comptabilité (analyse du bilan, compte de résultat, prévisionnel, budgétisation...), de la finance (la gestion des risques au moyen de la gestion des actifs et des assurances professionnelles), du droit des affaires (choix du statut juridique, contrats commerciaux, fiscalité)

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Une trésorerie permettant de couvrir 3 mois d'exploitation au plus

Une nouvelle enquête de la CPME réalisée entre le 2 et le 12 avril auprès de 3416 chefs d'entreprise, témoigne de la situation très tendue que vivent en ce moment ces petits chefs d'entreprise, principal tissu de l'économie française. La quasi-totalité des répondants constatent une baisse de leur chiffre d'affaires au mois de mars 2020 (début du confinement national le 17 mars). Pour 41% des dirigeants, la perte mensuelle se situe entre 50% et 70%. Pis, le chiffre d'affaires chute de plus de 70% pour 19% des personnes interrogées. "Depuis mars, toutes les entreprises, à l’exception de celles des secteurs dits vitaux tels que l’alimentaire ou le médical, ont été mises à l’arrêt ou presque. L’économie a pris un énorme coup de frein partout", souligne Stéphane Régnier, directeur de RCA consulting, dans nos colonnes. 

Et les craintes de faillite sont très fortes. Plus d'un dirigeant de TPE-PME sur deux s'inquiète pour la survie de son entreprise, selon l'étude de la CPME. En cause, le manque de trésorerie. 36% des entreprises répondantes déclarent qu'elles ne peuvent tenir qu'un mois d'exploitation au plus. Et 50% disposent d'une trésorerie leur permettant de couvrir entre un mois et trois mois d'exploitation. "Au bout d’un mois, ce n’est pas encore la catastrophe pour tout le monde mais dans deux ou trois mois, notamment au niveau des petits commerces ou des petits artisans peut-être aussi, ça va devenir très compliqué", prédit le consultant Stéphane Régnier.

Un accompagnement satisfaisant des banques ?

Les banques sont donc sollicitées durant cette période de crise. Selon l'enquête de la CPME, 66% des entreprises répondantes ont demandé l'accompagnement de leur banquier. Ces établissements sont notamment en première ligne pour accorder les nouveaux prêts garantis par l'Etat, mis en place par le gouvernement jusqu'au 31 décembre 2020. A la date du 19 avril, 150 000 entreprises auraient obtenu des prêts par ce biais pour un montant total de 22 milliards d'euros, selon Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances. Pourtant, certaines critiques se font jour sur ce dispositif, notamment sur les exigences des banques pour accepter tel ou tel dossier. "Les exigences des établissements bancaires pour accorder des prêts, pourtant garantis à 90% par l’État, demeurent hétérogènes et parfois excessives (demande de visite médicale à l’emprunteur, de caution personnelle, de documents impossibles à élaborer, etc.)", estime la commission des affaires économiques du Sénat dans un communiqué

Le niveau de satisfaction des entreprises vis-à-vis de leurs banques est tout de même très élevé, selon la CPME. 80% des dirigeants ont apprécié leur soutien. Un sentiment qui contraste à l'égard d'autres acteurs. Les assureurs sont, eux, pointés du doigt ; seul un quart des TPE-PME de l'enquête les ont sollicités et 76% ne se sentent pas soutenus par leur assureur.  

Deux PME sur cinq subissent des retards de paiement

Les difficultés de financement des entreprises sont également liées aux retards de paiement. Deux TPE-PME sur cinq annoncent en subir, selon l'enquête de la CPME. Surtout de la part de leurs clients privés. Vis-à-vis de leurs créanciers, seule une petite moitié de chefs d'entreprises règle toutes ses factures à la date prévue. Un report de paiement est demandé par 36% des répondants pour une partie de leurs factures, et par 16% pour l'ensemble des factures. Principales raisons invoquées : la fermeture de l'entreprise, l'absence de chiffre d'affaires, le manque de trésorerie et les retards de paiement que ces entreprises subissent elles-mêmes.

Cette situation a d'ailleurs amené le gouvernement à mettre en place un "comité de crise sur les délais de paiement", fin mars, sur la question du crédit inter-entreprises. Lors de la semaine du 30 mars, les incidents de paiement ont triplé par rapport à la même période en 2019 pour atteindre un montant d'environ 270 millions d'euros, précise Bercy. D'autres raisons spécifiques au Covid-19 sont avancées telles que les défauts d'acheminement du courrier "ne permettant pas de valider les ordres de paiement domiciliés". En parallèle, le nombre de sollicitations et de médiations adressées au médiateur des entreprises chaque semaine a été multiplié par dix. "En deux semaines, l'équivalent de trois mois de saisines [du médiateur des entreprises mais aussi du médiateur national du crédit] a été enregistré", indique un communiqué du comité. "Parmi ces signalements, les retards de paiement font l’objet d’un suivi particulier. En effet, si ces pratiques se généralisaient, une réaction en chaîne pourrait s’activer et provoquer la disparition prématurée de nombreuses entreprises", prévient-il. Le comité a vocation à traiter prioritairement les signalements impliquant les grandes entreprises (dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1,5 milliard d’euros) ; les cas concernant les entreprises de plus petite taille sont traités selon les procédures habituelles par la médiation des entreprises.

Les aides et les dispositifs de soutien mis en place par le gouvernement sont en tout cas bien compris par une large majorité d'entrepreneurs (80% selon l'enquête du CPME). Mais seront-ils suffisants pour empêcher le naufrage de nombreuses entreprises ? 

Céline Chapuis
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