Les livres RH sous le sapin

Les livres RH sous le sapin

19.12.2018

Gestion du personnel

Explorer les mutations du travail, analyser les dérives du management, se projeter dans la révolution numérique... A quelques jours de Noël, actuEL-RH a sélectionné pour vous, parmi une offre pléthorique, les livres de RH de référence publiés ces derniers mois. Voici les incontournables, essais ou BD, à offrir ou tout simplement à lire.

Offrir un livre RH à Noël, valeur sûre ou cadeau décalé ? Quoi qu’il en soit, l’édition RH se porte bien : essais couronnés par des grands prix, celui de l’ANDRH ou de Syntec conseil en recrutement, BD humoristiques, ouvrages prospectifs… Il y en a pour tous les goûts. Sans surprise, les essais tirent leur épingle du jeu : les auteurs y explorent les mutations du travail, y dénoncent les dérives du capitalisme, le dopage au travail ou analysent les nouveaux modes pédagogiques… actuEL-RH propose une sélection d’ouvrages récents pour accompagner les réflexions des professionnels RH.

Les essais
Et si les salariés se révoltaient ?

Voilà un livre qui tombe à point nommé. En pleine crise des "gilets jaunes", le chef économiste de la banque Natixis, Patrick Artus, et la journaliste Marie-Paule Virard, dressent une charge très argumentée sur les dérives du capitalisme. Leur constat est sans appel : la dynamique actuelle du capitalisme est inégalitaire, elle favorise la précariat en enrichissant les riches et le peuple finit par se révolter. "Au fil des années, le travailleurs de France, d’Allemagne, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et autres pays développés ont vu leur situation se dégrader insensiblement, écrivent les auteurs. Alors que les profits des entreprises atteignent des niveaux historiques, ils sont de plus en plus nombreux à joindre tout juste les deux bouts et à se retrouver démunis pour faire face à une éventuelle perte d’emploi. Leurs revenus ne progressent plus ou si peu, ils redoutent comme jamais le déclassement social, la précarité, parfois même la pauvreté". Amplifiée par la révolution numérique, cette situation serait intenable. Pour les deux experts, "tous les ingrédients sont en place pour une situation potentiellement explosive".

Face à hégémonie financière anglo-saxonne et à la menace du capitalisme étatique chinois, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, en appellent à un "capitalisme européen", c’est-à-dire à un modèle suffisamment "inclusif" pour transformer l’exaspération qui gagne en une synergie collective "assez vivace pour redonner confiance et espoir aux classes moyennes et populaires". Les réformes ne sont pas illégitimes mais elles devraient être symétriques : "il serait naturel que, symétriquement, ils (les salariés) bénéficient de la prospérité lorsque tout va bien".

Parmi les pistes, accroître l’intéressement et la participation, mieux former, donner plus de place aux représentants des salariés dans les conseils d’administration, imposer un bonus-malus aux entreprises en fonction de leur comportement d’emploi…

Cet essai a reçu, le 1er décembre, le Stylo d’or, décerné par la revue Personnel de l’ANDRH.

Patrick Artus et Marie-Paule Virard, "Et si les salariés se révoltaient?", Editions Fayard, 15 euros.

Gestion du personnel

La gestion des ressources humaines (ou gestion du personnel) recouvre plusieurs domaines intéressant les RH :

- Le recrutement et la gestion de carrière (dont la formation professionnelle est un pan important) ;
- La gestion administrative du personnel ;
- La paie et la politique de rémunération et des avantages sociaux ;
- Les relations sociales.

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"L’usage des serious games en entreprise : récréation ou instrumentalisation managériale ?"

Sauront-ils relever les défis  à bord du cockpit de l’hélicoptère ? Faire face à une panne, à un changement de météo ? Voici, avec Simlead, un serious game, quelques-unes des épreuves qui attendent des cadres en formation de management… Lydia Martin, psychologue du travail et chercheure associée au centre sur le travail et le développement  (CRTD) du Cnam livre, dans cet ouvrage, une enquête approfondie de ces "jeux sérieux", à partir d’un cas précis. L’objectif n’est pas ici d’apprendre à piloter mais de collaborer et de coopérer "intra et inter-équipe". Avec à la clef, des objectifs pédagogiques précis : constitution d‘une équipe, répartition des rôles et des responsabilités, définition d‘une stratégie, gestion du risque et du stress, apprentissage organisationnel et communication…

Créés aux Etats-Unis, dans les années 60 pour l’armée américaine, les serious games se sont implantés dans les entreprises, dans les années 2000, au service de la formation et du développement des compétences professionnelles. Bénéfices attendus ? Favoriser "la créativité", "la motivation, les habilités de coopération, la communication, les relations humaines" mais aussi "la prise de décision sous pression, la prise de risque, la réflexion stratégique, la ténacité et des comportements éthiques".

Mais ces serious games tiennent-ils leurs promesses ? L'auteur livre ici une analyse détaillée de ce processus pédagogique à partir des observations de jeu et des entretiens réalisés auprès d’un groupe de managers. L'auteur s'attache à mieux cerner le lien entre le jeu virtuel et leurs pratiques professionnelles et mesure ainsi les apports de cette formation sur les apprenants. Pour tous les responsables de formation.

Lydia Martin, "L’usage des serious games en entreprise - récréation ou instrumentalisation managériale ?"  éditions Erès, collection "Clinique du travail" dirigée par Yves Clot et Dominique Lhuilier, 16,50 euros.

La comédie (in)humaine

L’économiste Nicolas Bouzou, co-auteur avec la philosophe Julia de Funès, de l’essai "La comédie (in)humaine" dresse un constat sans appel du management actuel. "Dans cette configuration, les salariés sont infantilisés, ils ressentent un malaise car ils ne se sentent pas valorisés et même empêchés... D’où un détachement de plus en plus fréquent, notamment des jeunes générations. Les salariés ne sont pourtant pas contre l’entreprise. Mais ils n’aiment pas ce qui leur fait perdre du temps et les empêche de travailler, les reporting, les réunions séminaires, les formations inutiles… Surtout, ils ne trouvent pas de sens à leur travail", indiquait voilà quelques semaines dans nos colonnes Nicolas Bouzou. Parmi ses préconisations, le développement du télétravail, la réduction du nombre de réunions, le rejet des pointeuses ou encore les formations aux humanités.

A.B.

Nicolas Bouzou et Julia de Funès, "La comédie (in)humaine", Les éditions de l'Observatoire, septembre 2018, 17 euros.

 

Les compétences du 21è siècle

Algorithmiques, data, économie collaborative, évolutions environnementale, sociologique…  Avec ce nouveau livre de la collection Lab RH/Dunod, dirigée par Michel Barabel, directeur des éditions du Lab RH et professeur affilié à Sciences Po exécutive éducation, Jérémy Lamri, co-fondateur du Lab RH et fondateur du site de recrutement Monkie Tie, nous plonge tout de go dans le monde du travail de demain… "Si ces changements générèrent des craintes (fin du salariat, hyper contrôle, déshumanisation…), ils peuvent également constituer, selon l’auteur, un vivier d’opportunités". A condition toutefois d’avoir les savoir-faire et savoir-être requis. Partant d’une approche historique et transdisciplinaire (mêlant à la fois biologie, sociologie, philosophie et l’anthropologie), Jérémy Lamri propose un modèle de compétences, décliné en 21 aptitudes clefs. Aux premiers rangs desquelles les "4C" (la créativité, l’esprit critique, la communication et la coopération.). S’y ajoutent les compétences dites de "littération", la capacité à naviguer dans l’information, à utiliser les medias, la technologie ainsi que cinq qualifications supplémentaires liées à la vie citoyenne au quotidien  (flexibilité, initiative, sociabilité, productivité, leaderhip). Il met enfin en exergue cinq aptitudes visant à regrouper les particularités liées à notre époque : sensibilité à l’environnement, conscience générale, compétences financières, sensibilité aux enjeux sanitaires, sens citoyen...

Reste désormais à affiner les stratégies de recrutement et de formation professionnelle. Or, sur ce point rien n’est joué, tout reste à faire. "Les entreprises n’ont pas encore pris la mesure du besoin de développer les capacités cognitives de leurs collaborateurs", indique l’auteur. Il y a pourtant urgence : "les compétences du 21e siècle sont celles qui vont permettre de créer de la valeur dans une économie en mutation constante". Démarche prospective, analyse pertinente, ton engagé et enthousiasme… Un must pour les DRH.

Jérémy Lamri, "Les compétences du 21e siècle", éditions Dunod ; collection Lab RH / Dunod, octobre 2018, 22,90 euros.

Se doper pour travailler

Prix du livre RH 2018, décerné le 4 octobre, par Syntec conseil en recrutement, en partenariat avec Sciences Po et Le Monde, cet ouvrage, rédigé par un collectif d’auteurs, Renaud Crespin (CNRS), Dominique Lhuilier (Cnam) et Gladys Lutz, ergonome, décrit un phénomène d’une ampleur considérable, touchant toutes les catégories socio-professionnelles et tous les secteurs d’activité, l’usage des substances psychoactives (SPA), alcool, cannabis et amphétamines, au travail. Les raisons d'une telle dépendance sont multiples : "tenir le coup", dépasser la souffrance physique et psychique, "prendre sur soi" ou encore pour "exhiber son infatigabilité, son enthousiasme".

"C’est plus un soulagement plutôt qu’une récompense, raconte cette employée. Pendant trois minutes, je sors de cet enfer et je vais respirer un coup dehors, pas voir mon patron, mes collègues juste être toute seule avec ma clope". "J’ai jamais de journée de travail qui s’arrête à une certaine heure, c’est un continuel et à un moment, j’ai besoin de me déconnecter, complète cet architecte. La fumette ça peut être pour ouvrir la boîte de Pandore et avoir plein d’idées et ça peut être aussi pour arrêter ce flux d’idées et me concentrer".

Mais au-delà du constat, le livre dresse un procès sans concession du management. "Depuis la fin des années 90, nous observons l’évolution inquiétante des liens entre travail et les consommations de médicaments psychotropes et d’autres drogues". Or, l’omerta règne au sein des entreprises. "Selon les organisations patronales, le dopage des salariés serait la traduction de fragilités individuelles dont l’entreprise ne serait en rien responsable et qui doivent être prises en charge en dehors de celle-ci". A tort ! Selon les auteurs, c’est aux organisations elles-mêmes qu’il faut s’intéresser. "La pharmaco-chimie vient colmater les failles du système socio-organisationnel de travail". Pour les auteurs, le dopage professionnel et ses dérives devraient pouvoir être prévenus par l’approche collective de la santé au travail. Il s’agit même pour eux "d’une véritable question de santé publique". Avis aux intéressés.

Renaud Crespin, Dominique Lhuilier, Gladys Lutz, "Se doper pour le travail", éditions Eres, collection "Clinique du travail", dirigée par Yves Clot et Dominique Lhuilier, 18 euros.

Unique(s) - Et si la clé du monde de demain, c'était nous ?

Est-ce qu'un X-Men sommeille en chacun de nous ? Exprimons-nous réellement, au quotidien, ce qui fait de nous quelqu'un d'unique ? Ou au contraire nous empêchons-nous de révéler un talent par peur du regard des autres, ou par peur de l'échec ? Dans "Unique(s)", Alexandre Pachulski - co-fondateur de Talentsoft, éditeur de logiciels RH - envisage, par le prisme de figures inspirantes de la pop-culture, la part de chaque humain qui le rend unique. Il nous pousse à nous questionner sur nos goûts, nos aptitudes, nos envies, et nous encourage à nous donner les moyens d'accomplir nos rêves, alors que l'école peine souvent à révéler les aspirations réelles de chacun. Citant tour à tour Einstein, Steve Jobs ou Maître Yoda, l'auteur nous emmène dans la quête d'une vie, celui du travail idéal, qui réconcilie la personne que nous sommes avec l'activité professionnelle que nous exerçons.

Dans cette recherche, l'entreprise doit muter pour devenir un lieu non seulement de bien-être, mais d'accomplissement personnel permettant de poursuivre son projet professionnel. Une urgence, à l'heure ou nous devons commencer à partager nos emplois avec des entités dotées de l'intelligence artificielle... Il est temps de remettre au premier plan les capacités et l'authenticité propres à l'humain.

Alexandre Pachulski, "Unique(s) - Et si la clé du monde de demain, c'était nous ?", éditions E/P/A, 19,90 euros.

Travail gratuit : la nouvelle exploitation

Maud Simonet est sociologue. Dans ce livre, elle se penche sur les différentes formes de "travail gratuit" : bénévole chargée des activités périscolaires dans une école, allocataire de l’aide sociale qui nettoie les parcs de New-York, rédacteur d’un blog en ligne… L’auteure débute son ouvrage par une comparaison avec l’analyse féministe du travail domestique en se fondant sur plusieurs enquêtes de terrain menées en France et aux Etats-Unis. Dans certains cas, comme les allocataires de l'aide sociale américains chargés de nettoyer les parcs, c'est l'idée de "workfare" que l'on retrouve avec la volonté de remettre au travail les allocataires de l’aide sociale, dont le pendant est que ces derniers sont contraints de travailler gratuitement pour continuer à percevoir leurs allocations. L'auteure explore ensuite tout ce qui relève du "digital labor", toutes nos activités sur internent par lesquelles nous contribuons gratuitement.

Maud Simonet conclut son ouvrage par une interrogation sur la place du travail gratuit au cœur de l’emploi. Le travail gratuit peut être perçu par certains comme un investissement sur son employabilité, comme une première marche vers l’emploi, comme substitut à l’emploi, voire un tremplin vers l’emploi (VAE bénévole, compte d’engagement citoyen. Mais cela lui parait insatisfaisant. Elle ouvre des voies pour réfléchir à une dissolution du travail gratuit dans le salariat ou à créer un statut politique du producteur.

Un essai revigorant à l'heure des mutations du travail.

Maud Simonet : "Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?", éditions Textuel, Petite encyclopédie critique, 15,90 euros.

Osez la transformation permanente - Comment réinventer l'entreprise

Rendre la transformation de l'entreprise accessible au plus grand nombre. Telle est l'ambition de cet ouvrage qui livre, pas à pas, les étapes pour initier une démarche de transformation et de dynamisation de son entreprise. Cette méthode propose de faire émerger l'ADN de l'entreprise à travers ses valeurs clés, puis d'organiser des exercices collectifs pour faire émerger de nouveaux projets. A partir de là, il s'agit de définir des objectifs concrets à trois horizons différents : savoir exploiter ce que l'on a (horizon 1), améliorer ce que l'on a (horizon 2) et savoir se réinventer (horizon 3). Le tout dans le respect de soi, des autres, de l'humain et de l'environnement.

L'entreprise devient alors EnTrePrise, "écosystème en transformation permanente". Un nouveau souffle que les auteurs estiment vital, à l'heure d'une révolution numérique qui évolue à vitesse grand V. "Aujourd'hui plus qu'hier, une entreprise a besoin de se régénérer en permanence pour se différencier et toujours avoir un coup d'avance".

Mais quelle place pour les RH dans ce renouveau ?

Accaparés par les activités de gestion - embauches, paies, mesures de la performance et de gestion sociale - ils se sentent souvent dépossédés des tâches les plus vivantes et liées à l'humain. La solution, affirment les auteurs : ajouter à son entreprise une direction du capital humain, forme plus aboutie du "chief hapiness officer" chargée de favoriser l'épanouissement des ressources humaines dans leur individualité et dans leur apport au groupe. Là encore, l'ouvrage livre les étapes pour introduire ces changements petit à petit dans le quotidien de l'entreprise.

Laurence Jaspard-Darrieumerlou et Serge Darrieumerlou, "Osez la transformation permanente - comment réinventer l'entreprise", 29,99 euros.

Le coin des BD
Les moutons : Make management great again !

 Des moutons perdus dans l’absurdité du management et de la novlangue d'entreprise. C’est ce que décrit Alsy, dessinateur belge qui officie chaque jour dans le journal L'Echo, en 60 planches savoureuses : dérives du bonheur au travail, incongruité des process, burn-out, brown-out, enquêtes de climat, nouvelles fonctions aux intitulés incompréhensibles, nouvelle mode du flex-offices,.. Tout est passé au crible de ce dessinateur qui sait croquer les évolutions du monde du travail avec humour et dérision.

Alsy, "Les moutons - Make management great again!", éditions Renaissance du Livre (RL), 16 euros.

 

Alors, heureux ?

Qualité de vie au travail, chief hapiness officers… Le bonheur en tant qu’objectif numéro un s’insinue à travers nos vies jusque dans le milieu de travail. Le dessinateur de presse Antoine Chereau décrypte à travers 87 saynètes humoristiques l’injonction au bonheur dans notre société. Jusqu’où peut aller l’entreprise pour ériger le bonheur de ses salariés en image de marque ? Quelle est la place du travail dans le bonheur ? Et finalement, comment atteindre le bonheur ? Des réflexions philosophiques abordées sous un angle tantôt satirique, tantôt bienveillant.

Antoine Chereau, "Alors, heureux ?", éditions Pixel Fever, 23 euros.

 
 
 
 
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