Paupérisation de la profession comptable : le débat est relancé

Paupérisation de la profession comptable : le débat est relancé

04.02.2020

Gestion d'entreprise

Les dernières données de l'Insee sur le secteur comptable montrent une petite baisse de la rentabilité d'exploitation mais le taux de bénéfice net est très légèrement à la hausse. Et une nouvelle question se manifeste : le changement de méthodologie de l'institut de la statistique impacte fortement les performances du secteur.

La paupérisation de la profession comptable en France est-elle une fiction ou une réalité ? Il y un an, nous nous étions posés cette question. Avec la conclusion suivante : après une érosion sur la période 2009/2013, la rentabilité des structures d'expertise comptable et d'audit légal exerçant en France a plutôt tendance à s'améliorer sur la période 2014/2016. Une analyse fondée sur les données du secteur comptable fournies par l'Insee en scrutant l'évolution de plusieurs indicateurs tels que le taux de résultat d'exploitation (résultat d'exploitation/chiffre d'affaires), le taux de résultat courant (résultat courant/chiffre d'affaires) ou encore le taux de bénéfice net (bénéfice net/chiffre d'affaires). Mais voilà que de nouvelles données publiées par l'Insee relancent le débat — si tant est que le débat ait été interrompu.

Hausse du poids de la sous-traitance

En effet, selon nos calculs issus des données de l'Insee, certains indicateurs de rentabilité sont à nouveau orientés à la baisse en 2017 — étant précisé que ce constat est établi sur une base comparable, celle des données sectorielles qui sont désormais diffusées par l'Insee entièrement selon la définition de l'entreprise au sens économique (lire les explications ci-dessous). C'est le cas du taux d'EBE (excédent brut d'exploitation), qui passe entre 2016 et 2017, de 10,11 % à 9,64 %, du taux de résultat d'exploitation, qui passe, sur cette même période, de 9,57 % à 9,17 % ou encore du taux de résultat courant qui passe de 10,15 % à 9,89 %. Le principal facteur d'explication réside dans la hausse, de près d'un point de pourcentage, du taux de sous-traitance (sous-traitance/chiffre d'affaires). Cet indicateur varie de 9,25 % à 10,22 % entre 2016 et 2017. Mais cette augmentation est partiellement compensée par une baisse relative des charges de personnel lesquelles évoluent de 53,36 % (du chiffre d'affaires) à 52,91 %.

Meilleur résultat exceptionnel

Comment expliquer dans ce contexte que le taux de bénéfice net soit légèrement à la hausse sur cette période, variant de 8,38 % à 8,47 % ? Cela tient grosso modo à une hausse du résultat exceptionnel (de 0,31 % de point de pourcentage relativement au chiffre d'affaires) et, dans une moindre mesure, à celle du résultat financier (de 0,16 % de point de pourcentage relativement au chiffre d'affaires).

Nouvelle méthodologie, nouveau regard

Ces constats sont établis à partir d'une nouvelle méthodologie utilisée par l'Insee. Ce dernier diffuse, pour la première fois, entièrement les données sur les secteurs d'entreprise en 2017 selon la définition de l'entreprise au sens économique. La généralisation de cette nouvelle approche l'a conduit à retraiter certaines données de 2016 pour comparaison avec 2017 — lire l'encadré ci-dessous. C'est sur cette base comparable que nous avons analysé l'évolution de la rentabilité du secteur comptable avec les conclusions exposées ci-dessus. Parallèlement, nous avons aussi voulu savoir quel était l'impact potentiel du changement de méthodologie. Pour ce faire, nous avons "comparé" les données de l'année 2016 retraitées entièrement par l'Insee selon la définition de l'entreprise avec celles partiellement calculées selon cette définition — c'est à dire selon un mélange de la définition de l'entreprise et de l'unité légale. Résultat : certains indicateurs de rentabilité sont beaucoup plus faibles avec la nouvelle méthodologie. C'est le cas du taux de résultat courant et de celui de bénéfice net. Ils perdent chacun de l'ordre de deux points de pourcentage (relativement au chiffre d'affaires). Un phénomène qui laisse à penser que la vision du secteur comptable en groupe — c'est à dire en entreprise au sens économique — est différente de celle en unités légales. Sans pouvoir toutefois expliquer ce phénomène avec certitude.

 

La notion d'entreprise apporte un nouveau regard sur la rentabilité des cabinets comptables
 
Source : Insee (Esane) / calculs actuel-expert-comptable ; (1) pour les années 2008 à 2011, les données que nous avons retenues sont celles au niveau des unités légales ; pour les années 2012 à 2016, les données que nous avons retenues sont celles partiellement au niveau des entreprises (notion économique) ; (2) pour les années 2016 et 2017, les données que nous avons retenues sont celles entièrement au niveau des entreprises (notion économique)
Comment calculer la rentabilité des cabinets comptables en France ?

Pour notre étude, nous nous sommes basés sur les données de l'Insee issues du secteur des activités comptables (code Naf 69.2). Ces activités englobent notamment les services de tenue comptable, de vérification comptable, d’établissement financier, d’audit financier, de paie, d’établissement d’attestations ou encore de conseil fiscal (voir le document pour la liste des activités incluses).

Le secteur des activités comptables comprend toutes les entreprises et rien que les entreprises dont l’activité principale est comptable, c’est-à-dire appartenant à l'activité Naf 69.2. Cela comprend exclusivement les structures d’expertise comptable (y compris les AGC), d’audit légal et les organismes de gestion agréés et éventuellement certains autres prestataires de ce secteur telles qu'une entreprise dont l'activité principale est la paie (hors édition de logiciel).

La notion de branche d’activité regroupe quant à elle des entreprises et des parties d'entreprises qui produisent la même catégorie de prestations (ou de biens). Cela signifie que la branche activités comptables prend en compte non seulement l'activité comptable réalisée par les cabinets comptables, libéraux comme associatifs, ainsi que celle des entreprises qui ne relèvent pas du secteur comptable — ces dernières entreprises peuvent appartenir au secteur conseil en gestion, à l'édition de logiciel ou bien être une société qui facturerait une activité comptable à une entité de son groupe. Le périmètre du secteur est donc plus adapté que celui de branche pour analyser spécifiquement les cabinets d'expertise comptable et/ou d'audit légal des comptes. Nous avons choisi, en fonction des données disponibles, les indicateurs de rentabilité qui nous semblent les plus pertinents.

Changement de méthodologie

Il faut toutefois être prudent car la méthodologie de l'Insee a changé sur cette période. Précédemment, l'Insee indiquait que, depuis les données sectorielles portant sur 2012, celles-ci étaient établies — théoriquement — au niveau des entreprises (notion économique) et non plus au niveau des unités légales. Mais en réalité ce n'est que depuis fin 2019 que l'Insee diffuse, pour la première fois, entièrement les données sur les secteurs d'entreprise en 2017 selon la définition de l'entreprise au sens économique. Cela signifie que cet institut de la statistique prend désormais en compte la structure des groupes de sociétés afin de constituer des entreprises au sens économique (lire les explications ici), ce qui n'était fait auparavant que par exception pour certains groupes. Le groupe est défini dans ce contexte comme un ensemble de sociétés liées entre elles par des participations au capital et parmi lesquelles l'une exerce sur les autres un pouvoir de décision étant précisé que pour l'Insee une filiale est une unité légale détenue à plus de 50 % par une autre unité légale. La généralisation de cette nouvelle méthodologie donne lieu à la consolidation de certaines données dites non additives (le chiffre d'affaires, les achats, les créances, les dettes, etc.) lorsqu'elles représentent des flux internes à l'entreprise.

La généralisation de cette nouvelle méthodologie a conduit l'Insee à retraiter certaines données de 2016 pour comparaison avec 2017. Avant ce retraitement, le chiffre d'affaires 2016 du secteur comptable s'élève à 17,99 milliards d'euros. Après retraitement, le montant est de 18,3 milliards d'euros. Cela tient potentiellement à deux effets. Premièrement, un effet de consolidation puisque les flux intra-groupes sont désormais éliminés, ce qui n'était pas le cas auparavant ou alors de façon marginale (pour les éventuels groupes du secteur comptable auparavant considérés par l'Insee comme des entreprises au sens économique) — toutefois, les prestations de sous-traitance entre entreprises appartenant à des groupes différents ne sont pas retraitées ; cet éventuel phénomène peut donc toujours gonfler artificiellement le chiffre d'affaires du secteur comptable. Le deuxième effet potentiel de la généralisation de l'approche au niveau du groupe est de générer une réallocation sectorielle. Imaginons un groupe composé d'une société d'expertise comptable (code Naf 69.2) et d'un éditeur de logiciel comptable standard (code Naf 58.2). Dans la vision en unités légales, il y avait 2 entreprises dans 2 secteurs différents. Dans la vision en entreprises, il n'y a plus qu'une entreprise dans un seul secteur, celui de son activité principale, c'est à dire selon le cas soit comptable soit d'édition de logiciel.

Gestion d'entreprise

La gestion d’entreprise constitue l’essentiel de l’activité d’un dirigeant d’entreprise. Elle fait appel à un grand nombre de notions empruntées de la comptabilité (analyse du bilan, compte de résultat, prévisionnel, budgétisation...), de la finance (la gestion des risques au moyen de la gestion des actifs et des assurances professionnelles), du droit des affaires (choix du statut juridique, contrats commerciaux, fiscalité)

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Ludovic Arbelet
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