Restons vigilants vis-à-vis du dialogue social connecté

Restons vigilants vis-à-vis du dialogue social connecté

15.12.2020

Gestion du personnel

actuEL-RH donnera désormais régulièrement la parole aux membres de l'association Réalités du dialogue social. Ce mois-ci, Gilles Lecuelle, secrétaire national en charge du dialogue social à la CFE-CGC, revient sur les travaux menés par l’association sur l’impact du numérique sur le dialogue social auxquels il participe depuis 2018. Selon lui, la digitalisation offre l’opportunité de redonner aux représentants de proximité un rôle auprès des salariés.

Réalités du dialogue social (RDS) est une association de promotion du dialogue social qui réunit des DRH, des directeurs des relations sociales, des représentants des organisations syndicales d’employeurs et de salariés. Les membres de l'association RDS publieront régulièrement leur point de vue sur des sujets d'actualité sur actuEL-RH. Aujourd'hui, Gilles Lecuelle apporte son éclairage sur le dialogue social "connecté" qui s'est peu à peu imposé avec la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19. 

Une densification des discussions sans pour autant jouer sur la qualité du dialogue social

A l’été 2020, quelques semaines après le premier confinement, Réalités du dialogue social a sondé 24 responsables des ressources humaines, des relations sociales et des représentants du personnel sur l’évolution de leurs pratiques pour poursuivre la tenue des instances, à distance. Dans ce cadre, nous avons auditionné des élus CFE-CGC. 

En premier lieu, élus comme directions s’accordent à dire que le passage au dialogue social dématérialisé s’est fait sans trop de difficulté et que les réunions ont gagné en efficacité. Le fait de devoir respecter une certaine discipline de prise de parole entraîne une concentration des interventions sur l’essentiel. Le contexte d’urgence a contraint à un dialogue quotidien, du moins au tout début de la crise. Le recours aux outils digitaux a permis de la réactivité, a diversifié les modes de communication (Whatsapp, échanges de SMS…) favorisant un dialogue plus direct. Cette démultiplication des points de contacts entre les représentants du personnel et la direction a donné l’impression d’un dialogue permanent. Pour autant, cette densification ne préfigure pas de la qualité de ce dernier qui dépend des relations et pratiques préexistantes. Dans une entreprise avec un dialogue social régulier et fructueux, la digitalisation a ouvert de nouvelles perspectives. Dans les cas de figure inverse, cette distanciation des échanges a accentué la méfiance entre la direction et les représentants du personnel. Certains élus ont pu avoir l’impression d’être réduits à une chambre d’enregistrement. Il faut toutefois considérer des éléments positifs dans le digital. Les réunions à distance peuvent être utiles pour faire intervenir, par exemple, un haut responsable d’une entreprise dans des débats auxquels il n’aurait pas assisté s’il lui avait fallu se déplacer.

En second lieu, les partenaires sociaux reconnaissent que le distanciel peut amoindrir la compréhension commune car l’absence de communication corporelle peut brouiller les perceptions et complexifier l’analyse. La négociation, c’est du théâtre. On joue autant avec la gestuelle qu'avec la parole. Savoir décrypter les attitudes de son interlocuteur permet de comprendre la portée de ses arguments. C’est pourquoi, les usages numériques dans le dialogue social, tout particulièrement pour mener des négociations, ne peuvent devenir la règle. De la même façon, les relations en intersyndicale sont rendues plus difficiles, voire devenues inexistantes compte tenu de la disparition des moments de rencontres informelles avant ou après les réunions à l’agenda.

Gestion du personnel

La gestion des ressources humaines (ou gestion du personnel) recouvre plusieurs domaines intéressant les RH :

- Le recrutement et la gestion de carrière (dont la formation professionnelle est un pan important) ;
- La gestion administrative du personnel ;
- La paie et la politique de rémunération et des avantages sociaux ;
- Les relations sociales.

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Le refus du tout digital

Cette période inédite engendrée par la pandémie a créé de nouvelles pratiques. Parmi les personnes interviewées par Réalités du dialogue social, 9 des 10 représentants des directions souhaitent continuer à utiliser le digital dans leurs relations avec les IRP. C’est également l’avis de 10 des 14 élus du personnel interrogés qui reconnaissent que la tenue des réunions à distance leur a permis de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Effectivement, le digital peut apporter des solutions aux déplacements et pour des réunions courtes, d’informations qui peuvent être obtenues rapidement. En revanche, il faut maintenir les réunions ordinaires régulières des instances en présentiel car il y a les temps préparatoires, les travaux entre syndicats. Et bien sûr, c’est encore plus vrai pour les négociations. Même au niveau interprofessionnel, lors des récentes négociations sur le télétravail et la santé au travail, certaines séances ont dû être tenues à distance en raison du deuxième confinement. Et tout le monde réclamait du présentiel.

Pour autant, à l’aune de la transformation de l’organisation du travail, on peut penser que la mixité du présentiel et du distanciel va s’imposer durablement dans le paysage et que le dialogue social en mode hybride devrait entrer dans les habitudes.

Et tout comme le souligne l’étude, à la CFE-CGC, nous soutenons que cela doit être discuté au sein des entreprises et des branches, et faire l’objet de la signature d’accords. Les partenaires sociaux souhaitent un encadrement de ces nouvelles pratiques.

L’effet paradoxal de la digitalisation sur les missions des représentants des salariés

Les organisations syndicales ont pour fonction de collecter des retours du terrain et de capter les signaux faibles. Avec l’éparpillement des salariés, porté par le développement du télétravail, cette mission devient impossible. Historiquement, le contact avec les salariés passe par la distribution de tracts. Dans ce nouveau contexte, on ne sait plus comment les contacter d’autant que l’accès à la messagerie professionnelle n’est pas autorisé dans la plupart des entreprises. Une avancée sera peut-être possible avec l’ANI télétravail qui aborde cette question dans l’article 6.2.  Alors qu’on pourrait penser que le digital permet d’atteindre tous les salariés quelle que soit leur localisation géographique, des freins subsistent. Nous sommes persuadés qu’en levant ces obstacles, nous ferons évoluer le dialogue social.

Le digital est aussi une opportunité pour les représentants de proximité de recréer le lien qui manque avec les instances de dialogue social. Au sein de l’entreprise, ces représentants ne devraient pas communiquer uniquement avec leur organisation syndicale mais avec le CSE central. Aujourd’hui, ils sont coupés de cette instance et demeurent autonomes. Avec le numérique, ils pourraient être invités à des réunions préparatoires pour transmettre des informations de leur établissement et faciliter les remontées terrain. Au niveau de l’entreprise et par voie d’accord, il faut aborder la relation entre le représentant de proximité et la structure centrale. Cela permettrait de lui redonner une mission de représentation de l’ensemble des salariés et non de sa propre organisation syndicale.

Gilles Lecuelle

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