Activités sociales et culturelles : les CSE sur la voie de la transition écologique

Activités sociales et culturelles : les CSE sur la voie de la transition écologique

16.09.2020

Représentants du personnel

Un livre blanc intitulé "Avantages CSE et transition écologique : des enjeux compatibles ?" révèle l'appétence des élus de CSE et des salariés pour les loisirs et avantages plus respectueux de l'environnement. Lassés des voyages à fort bilan carbone et des cartes d'achat vouées à des enseignes pas toujours en phase avec leurs attentes, certains salariés demandent à leurs élus de trouver des activités plus vertueuses. Pourtant, les ASC peinent pour l'instant à s'y mettre en raison de blocages persistants. Mais la révolution verte est peut-être en marche....

Represente.org est une jeune société d'accompagnement des CSE, dont les deux fondateurs ont quitté leur employeur précédent par conviction écologique. Déçus par les prestations proposées par leur CSE respectifs, Agnès Rivière (elle-même ancienne élue) et Maxime Balsat créent alors la jeune société coopérative et se lancent dans la fourniture aux CSE de conseils pour verdir leurs activités sociales et culturelles. "Je travaillais dans la finance, et ma volonté de créer Represente.org a été alimentée par l'hypocrisie de ce milieu, donc mon choix n'a pas été si difficile à faire. De plus, la forme de société coopérative faisait sens avec notre démarche : tout salarié chez nous est amené à devenir actionnaire et à peser le même poids dans les assemblées générales", explique Maxime Balsat. 

Après quatre mois d'enquête auprès des élus de CSE et des salariés, Represente.org publie le 10 septembre 2020 le livre blanc "Avantages CSE et transition écologique : des enjeux compatibles ?" (en pièce jointe). Et l'étude tombe à point nommé. Depuis la crise épidémique, les élus de CSE ont d'abord été contraints d'annuler de nombreuses prestations de loisirs et de vacances (lire notre article). Ils ont ensuite vu émerger chez les salariés de nouvelles attentes liées aux contraintes du confinement, comme le soutien scolaire ou l'assistance informatique (lire notre article), le tout sur fond de pouvoir d'achat réduit. L'irruption du virus a poussé aussi élus et salariés à s'interroger sur leurs pratiques et loisirs, et leurs conséquences environnementales. L'enquête de Represente.org est menée en plein pic de la crise, du 30 mars au 31 juillet 2020, auprès d'un échantillon de 320 personnes, incluant la conduite de 60 entretiens avec des salariés, des élus de CSE et des experts du secteur (1). Les résultats du sondage sur la transition écologique auraient-ils été différents avant la crise du Covid ? Maxime Balsat répond : "Oui, mais la nouvelle consommation, plus responsable, était déjà en jeu avant le Covid, qui n'a fait qu'accélérer les choses. De jeunes salariés allaient déjà voir leurs élus en leur demandant des loisirs plus verts, des voyages à plus faible bilan carbone". 

© Represente.org

Le CSE a un rôle à jouer dans la transition écologique pour 82 % des répondants

A la question "Pensez-vous que le CSE a un rôle à jouer dans la transition écologique ?", 80 % des élus et 83 % des salariés répondent par l'affirmative. Un large consensus semble donc installé. Selon un élu d'une entreprise agroalimentaire interrogé par Represente.org, "cela va dans le sens du mieux-vivre, et à ce titre, fait tout son sens dans le cadre du CSE". De plus, ce rôle peut se décliner dans les différentes missions des élus. Ainsi, pour le volet économique, les élus peuvent peser en faveur d'un flêchage de l'épargne salariale, ou dans la gestion écologique des locaux de l'entreprise.

© Represente.org

Un fort levier d'action est également identifié dans le volet des activités sociales et culturelles (ASC), avec la mise en place d'avantages durables. Une secrétaire de CSE affirme ainsi : "Souvent, les salariés demandent des choses qui sont du périmètre de la direction. Mais les actions locales et sociales qui touchent la vie du quotidien, ils les attendent de nous !".

Cofondateur de represente.org, Maxime Balsat commente ces résultats : "Cette appétence pour les ASC plus vertes correspond à un besoin des salariés et à la création d'une ligne sociale dans l'entreprise. Beaucoup d'élus nous ont dit se lasser de leur position de guichet payeur et rechercher à faire le lien entre transition écologique et représentation des salariés. Rendez-vous compte que selon Gilles Caire, maître de conférences en économie à l'université de Poitiers, 11 milliards d'euros transitent via les CSE pour les ASC dédiées aux salariés !" Malgré ce chiffre impressionnant, peu d'actions concrètes sont aujourd'hui initiées par les élus en faveur d'ASC respectueuses de l'environnement.

Représentants du personnel

Les représentants du personnel sont des salariés élus ou désignés chargés de représenter les salariés de l’entreprise avec des missions spécifiques selon l’instance représentative du personnel (IRP) à laquelle ils appartiennent. Il y a quatre grandes IRP : les DP, le CE, CHSCT et les délégués syndicaux.  Au 1er janvier 2020, l’ensemble des IRP (hormis les délégués syndicaux) devront fusionner au sein du CSE.

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ASC vertes : encore peu d'actions concrètes

Selon les résultats de l'enquête, plus de la moitié des CSE déclarent n'avoir encore rien mis en place, et les précurseurs n'ont lancé qu'un nombre d'offres limité. Un fait marquant à cet égard : une majorité d'élus se déclare incapable de chiffrer la part de leur budget ASC dédié aux activités vertes, et parmi ceux qui le savent, ils déclarent y allouer moins de 5 % de leur budget annuel, aucun CSE ne dépassant la barre des 15 % de dépenses... Selon une élue sollicitée, "Il faudrait que les CSE prennent en compte l'écologie dans tous les projets, dans les choix de prestataires... ce n'est pas le cas aujourd'hui, notamment sur la partie voyages".

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On peut se demander si les élus ne sont pas de fait focalisés sur la crise économique et sociale actuelle, ce dont il résulte qu'ils ne ressentent pas les ASC vertes comme une priorité. "C'est effectivement un phénomène que nous avons rencontré, nous confirme Maxime Balsat. La première personne qui voulait travailler avec nous était très motivée mais elle dû gérer un plan social. Cependant, les élus savent aussi que les salariés les attendent au tournant pour Noël. Ils risquent de se trouver dans des injonctions contradictoires, une volonté de faire plaisir mais une réticence à donner des cartes cadeau Amazon, sans compter qu'ils ne sauront pas forcément comment s'y prendre pour concilier toutes les exigences." Un exercice d'équilibriste renforcé par la fusion des instances représentatives du personnel, qui pousse les élus à devenir des hommes/femmes orchestres, passant des sujets de stratégie économique à celui des oeuvres sociales, parfois sans transition... Un point qui fait sans doute partie des éléments de blocage expliquant le faible investissement des CSE vers les activités responsables.

Budget, temps, fournisseurs : les points de blocage

Selon l'enquête, 9 salariés sur 10 souhaiteraient bénéficier d'une offre partielle ou complète d'avantages CSE durables, un terreau fertile et une tendance encore plus forte chez les jeunes salariés, alors que les CSE ont du mal à attirer les jeunes sur les listes électorales. Le paradoxe est donc à son comble et il s'explique par les blocages encore présents pour les élus. Tout d'abord, le CSE est encore rarement sollicité par les salariés en matière d'écologie : pour 55 % des élus et 58 % des salariés interrogés, les préoccupations écologiques ne se matérialisent pas par des demandes spécifiques auprès des CSE. Bien que demandeurs, les salariés peinent à passer à l'acte et à identifier le CSE comme un interlocuteur.

Parmi les seuls élus, le premier blocage vient du manque de budget (41 %), puis de la difficulté à trouver de bons fournisseurs (38 %), suivie par le manque de temps (36 %). Les réponses suivantes pointent la complexité dans la mise en place, puis le peu de demande des salariés. 

© Represente.org

Mais une fois encore, les entretiens menés avec les élus apportent d'autres éclairages. Selon une élue CSE du secteur agroalimentaire, la peur de cliver limite l'action des CSE : "On essaye de proposer des solutions qui plaisent à l'ensemble des collaborateurs. Ceux qui ne se sentent pas intéressés par ces questions pourraient se sentir lésés". Les élus craignent également l'image contraignante qui colle à l'écologie. Certains évoquent aussi des dissensions internes au CSE comme cet élu dans une entreprise aéronautique : "Je me sens seul dans mon CSE sur la question écologique". Un constat partagé par Maxime Balsat : "Quand il existe une commission environnement, elle peut se trouver en désaccord avec la commission voyages. Mais parfois de petits projets émergent quand même, comme la compensation carbone". Arrivent enfin dans les réponses la difficulté à capter l'attention des salariés déjà sur-sollicités et les limites de la tolérance de l'Urssaf autour des avantages qui sortent de l'ordinaire. Mais comme Represente.org veut aider les CSE à oeuvrer en faveur de l'environnement, l'enquête propose quelques idées pour s'y mettre, dont certaines ont été validées par les salariés.

Des loisirs verts mais que faire ? Le palmarès des avantages qui fonctionnent

Represente.org a tenté de recenser les avantages orientés écolos en croisant l'avis des salariés et des élus. Des pistes intéressantes et consensuelles se dégagent ainsi en faveur de l'aide à l'investissement éco-responsable des salariés (60 % des salariés se disent très intéressés, et 49,1 % des élus sont motivés par cette idée). Arrive ensuite le soutien au pouvoir d'achat éco-responsable des salariés (scores respectifs de 54 % côté salarié et 62 % côté élus). Puis les solutions d'économie circulaire et collaborative dans l'entreprise (56 % et 63 %) et la sensibilisation aux enjeux environnementaux (50 % et 58 %).

Concrètement, certains élus font part de leur expérience vécue au travers de la mise en place d'initiatives qui ont rencontré du succès auprès des salariés, comme les ateliers zéro-déchet ou la carte des achats responsables. L'enquête révèle ainsi que 49 % des élus souhaitent en priorité sensibiliser les salariés à la transition écologique.

© Represente.org

© Represente.org

Un désir partagé par les fondateurs de Represente.org. Quand on demande à Maxime Balsat ce qu'il attend de son livre blanc, sa motivation jaillit immédiatement : "Sensibiliser ! Tirer la sonnette d'alarme ! Insuffler un vent nouveau ! Un tiers du budget du ministère de l'environnement ne va pas à l'écologie. Il faut reflêcher tout ça, y compris au travers de l'entreprise. A nous aussi, ette enquête a montré le chemin. Au début, nous avions une approche assez académique, maintenant nous savons ce que nous allons faire de Represente.org".

 

(1) Concernant l'échantillon de l'enquête, 60 % des répondants sont des salariés dont l'entreprise est dotée d'un CSE, et 40 % sont des élus. La majorité sont situés en Île-de-France (60 %), puis dans les Pays de la Loire (11 %). On en compte surtout dans l'industrie (33 %), puis dans l'informatique et les télécoms (16 %). 23 % d'entre eux travaillent dans des entreprises de 51 à 200 salariés, 22 % dans des entreprises de 201 à 500 salariés. L'enseignement majeur du livre blanc réside dans le fait que 82 % des répondants considèrent que le CSE a un rôle à jouer dans la transition écologique, mais peu d'actions concrètes ont été entamées car des blocages subsistent.

 

Voir le livre blanc « Avantages CSE et transition écologique : des enjeux compatibles ? »

Marie-Aude Grimont
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