Chômage et précarité : feu sur les idées reçues !

Chômage et précarité : feu sur les idées reçues !

23.01.2017

Action sociale

Un collectif d'une vingtaine d'associations dans le champ de la solidarité et de la lutte contre la pauvreté ont uni leurs forces pour publier un livre dénonçant 16 idées reçues autour du chômage et de la précarité. L'occasion de lancer une campagne d'opinion pour peser sur la campagne présidentielle et contrebalancer la petite musique dénonçant l'assistanat.

C'est ce qu'on appelle "faire un coup". En obtenant la préface de Ken Loach, le collectif d'une vingtaine d'associations coordonné par le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) a donné un visibilité forte à son initiative éditoriale, et ce pour deux raisons. Le réalisateur britannique octogénaire incarne, depuis plusieurs décennies, un cinéma humaniste et engagé qui porte les souffrances et espoirs sociaux des "cabossés" en tout genre. Son dernier film "Moi Daniel Blake", Palme d'or à Cannes, suivait les pérégrinations tragi-comiques d'un chômeur âgé confronté à l'inhumaine administration du suivi des demandeurs d'emploi. Preuve que la question intéresse largement, ce film aurait déplacé pas loin d'un million de spectateurs.

Chômage, petits boulots et faibles ressources

"Chômage, précarité : halte aux idées reçues !" *, le livre est assez mince (un peu plus de 200 pages), mais va à l'essentiel : démonter en quelques pages quelques-uns de ces clichés qui stigmatisent, caricaturent, dévalorisent les femmes et hommes qui se débattent entre chômage, souvent de longue durée, petits boulots, rarement choisis, et ressources tout le temps limitées. "Nous faisons ce livre pour dénoncer la mise à l'écart de celles et ceux qui sont privés d'emploi. Il y a urgence à leur rendre leur juste place", affirment les 25 organisations (parmi lesquelles l'APF, ATD Quart Monde, la Fédération des acteurs de la solidarité, Emmaüs, etc.) qui ont collaboré à l'ouvrage.

Action sociale

L'action sociale permet le maintien d'une cohésion sociale grâce à des dispositifs législatifs et règlementaires.

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Articuler données objectives et action associative

Plutôt que de se lancer dans un énième manifeste très général, le collectif propose de décortiquer 26 idées reçues en articulant une présentation claire des données objectives et l'action des associations pour améliorer la situation des plus précaires. Le lecteur attentif de tsa n'aura pas de révélation à la lecture de cet ouvrage, mais cela lui permettra une remise en perpective des réalités qu'on a tendance à oublier. Prenons trois exemples.

Loi santé du 26 janvier 2016

Morceaux choisis d'un texte aux multiples facettes

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Faible chômage dans les pays d'immigration

"Le chômage, c'est la faute des étrangers !" France Terre d'asile explique pourquoi cette idée reçue (n°4) ne tient pas la route. "En France, seule 6,4 % de la population est étrangère. Ce pourcentage place notre pays au 15e rang des pays de l'Union européenne (sur 28)", explique l'association qui prend en charge les demandeurs d'asile. Celle-ci note que les grands pays d'immigration que sont (ou qu'étaient) les Etats-Unis, l'Allemagne ou la Canada comptent un taux de chômage inférieur à 10 %. Au contraire, les travailleurs immigrés souffrent en France d'un taux de chômage trois fois supérieur à celui des nationaux (pour les titulaires d'un bac, 18 % au lieu de 6 %). France terre d'asile note, au contraire, que "si la concurrence existe parfois, elle s'opère surtout entre individus issus de différentes vagues d'immigration".

Retour au travail pour les SDF

Autre idée reçue, la 10e, "les sans-abri ne sont bons à rien, ils sont irrécupérables". La Fédération des acteurs de la solidarité, Emmaüs-France et le Coorace se sont associés pour montrer que le sans-abrisme, s'il est loin d'être anodin en termes de conséquences sociales, psychologiques, etc. ne condamne pas la personne à un nomadisme et une absence de perspectives professionnelles. Les signataires mettent en avant des initiatives qui prouvent que la mise à l'emploi des sans-abri est possible, à condition d'en aménager les conditions.Les projets "Premières heures" à Paris porté par Emmaüs Défi (lire notre reportage publié en 2014) et "Travail alternatif payé à la journée" (Tapaj) à Bordeaux permettent ainsi à des SDF de rependre pied à leur rythme dans le monde du travail. L'article met également en avant la capacité d'auto-organisation des sans-domicile, par exemple en gérant un hôtel social à Lille (lire notre reportage publié en 2016).

Regard paradoxal sur les travailleurs handicapés

Pour terminer ce tiercé des idées reçues, "les chômeurs en situation de handicap sont incasables" que déconstruit l'APF. Alain Rochon, son président, explique que plus de 800 000 personnes handicapées travaillent, dont 85 % en milieu ordinaire. "Les personnes en situation de handicap, poursuit-il, sont confrontées en permanence à un regard paradoxal : bienveillant et empathique, mais aussi dubitatif sur leurs compétences associées au monde de l'entreprise." Il s'agit de dédramatiser les choses : seules 15 % des situations de mise au travail nécessitent un aménagement des conditions de travail, au demeurant d'importance très inégale. Pour autant, l'intégration des travailleurs handicapés se heurte à deux grandes difficultés : un environnement inadapté (notamment en termes d'accessibilité) et un niveau de formation souvent insuffisant. Mais rien n'est impossible surtout quand 88 % des salariés travaillant avec des collègues handicapés estiment que cela ne leur pose pas de problème particulier.

Une autre France est possible

Par-delà les mesures concrètes contre le chômage et la précarité, ce livre contre les idées reçues  - qui va se prolonger à travers de nombreux débats en région (1) - fait le pari d'une France plus harmonieuse et égalitaire à contre-courant d'une autre qui laisse s'installer une petite musique de stigmatisation des faibles et d'apologie des "gagnants".

 

  (1) Plus d'informations sur la page Facebook de l'initiative

* Livre coordonné par Jean-François Yon, édité par les éditions de l'Atelier et le MNCP, 10 €.

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