Conforama : "Nous ne voulons pas un PSE low cost"

Conforama : "Nous ne voulons pas un PSE low cost"

31.07.2019

Représentants du personnel

Conforama, qui emploie 8 000 personnes en France, a confirmé vouloir supprimer 1 900 postes et fermer 32 magasins. Les représentants du personnel, confrontés à la perspective des élections CSE en novembre, vont devoir négocier un PSE et sans doute un accord de performance collective. L'interview de Mouloud Hammour, secrétaire FO du comité central d'entreprise (CCE).

Quel est votre métier et depuis combien de temps êtes-vous secrétaire du comité central d'entreprise (CCE) de Conforama ?

Je suis vendeur à Garges-les-Gonesse (Val-d'Oise). Je suis membre du CCE depuis 30 ans, et président de la commission économique de l'instance depuis 20 ans. J'ai été secrétaire adjoint pendant 4 à 5 ans avant d'être secrétaire du CCE, depuis un an. Si je me suis investi dans ce mandat, c'est au nom de la recherche légitime de la justice sociale et de la défense des salariés.

Représentants du personnel

Les représentants du personnel sont des salariés élus ou désignés chargés de représenter les salariés de l’entreprise avec des missions spécifiques selon l’instance représentative du personnel (IRP) à laquelle ils appartiennent. Il y a quatre grandes IRP : les DP, le CE, CHSCT et les délégués syndicaux.  Au 1er janvier 2020, l’ensemble des IRP (hormis les délégués syndicaux) devront fusionner au sein du CSE.

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Comment les difficultés de Conforama sont-elles apparues ?

La presse a fait état en décembre 2017 des irrégularités comptables de notre actionnaire (Ndlr : le groupe sud-africain Steinhoff, voir l'article de Challenges). Nous avons d'abord espéré que Conforama ne serait pas touché par ce scandale financier mais nous n'avons pas été épargnés. Dans un premier temps, le management français a mis en place un plan de transformation, sur lequel nous avons aussi travaillé, et qui a commencé à porter ses fruits à partir du début 2019. Mais la donne a changé. En avril 2019, il y a eu un plan de refinancement d'environ 316 millions d'euros trouvé avec les créanciers, qui devait comprendre 200 millions d'investissement dans Conforama et une centaine de millions dans un plan de restructuration. Mais les créanciers n'ont pas apprécié le plan du management français et ont opté pour le plan qui résultait de l'audit mené de Boston Consulting Group, et qui est un plan beaucoup plus dur. 

Comment avez-vous eu connaissance de ce plan  ?

Nous l'avons appris le 1er juillet. Au siège de Conforama, à Lognes (Seine-et-Marne), le nouveau CEO (PDG) a convoqué les unes après les autres, une demie heure chacune, toutes les organisations syndicales pour annoncer ce plan : 1 905 postes supprimés sur 8 000 emplois en France, 32 magasins fermés et 10 autres de l'enseigne Maison Dépôt. Ça a été un choc pour les salariés et pour les élus du personnel. Cela a été très violent. Nous l'avons vécu comme une trahison. Nous nous attendions certes à la fermeture de magasins qui étaient en mauvaise situation, mais autour de 15 maximum, pas le double ! Le magasin vitrine de Conforama du Pont Neuf en plein Paris va fermer, les gros magasins historiques de Saint Ouen et de Vitry aussi, alors qu'ils marchent bien. Dans certains cas, nous estimons qu'il s'agit pour les créanciers de réaliser une opération immobilière afin de se rembourser le plus tôt possible.

Comment se présentent les négociations du PSE  ?

La direction voulait aller très vite. Alors, avec les OS, nous avons alerté le ministère de l'Économie, le ministère du Travail et la Direccte (direction régionale du travail), nous avons aussi rencontré la présidente de la Région Ile-de-France. Officiellement, le projet a été présenté lundi 29 juillet au comité central d'entreprise et nous avons commencé à négocier avec la direction un accord de méthode pour la négociation du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), qui devrait comporter un plan de départs volontaires. Nous reprendrons les négociations en septembre, après avoir laissé passer le mois d'août, et nous espérons avoir le temps de négocier. Nous voulons réduire le nombre de fermetures et le nombre de suppressions d'emploi, et nous voulons un véritable plan d'accompagnement avec des mesures sociales, on ne veut pas un PSE "low cost". Chez Conforma, l'ancienneté moyenne est de 15-16 ans, avec de très nombreux postes de magasiniers, hôtesses de caisse.

Avez-vous bon espoir ?

Ce sera dur. Nous craignons que le chiffre final ne s'élève en fait entre 3 000 à 4 000 emplois supprimés. Car l'entreprise souhaite négocier un plan de performance collective (APC) pour redéfinir nos conditions de travail et augmenter la productivité. Avec un APC, les nouvelles conditions s'imposeront au salarié qui, s'il les refuse, pourra être licencié. En plus, nous devions tenir les élections professionnelles cet automne pour le CSE. Tout se mélange, c'est compliqué. Nous allons sûrement demander un report et une prorogation des mandats afin de pouvoir négocier le PSE".

Bernard Domergue
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