Dans la grande distribution, la crainte d'une hausse de l'activité partielle

Dans la grande distribution, la crainte d'une hausse de l'activité partielle

02.11.2020

Représentants du personnel

La décision du gouvernement d'interdire aux grandes surfaces de vendre des produits qui ne sont pas de première nécessité, à partir de ce mardi, suscite les craintes des salariés et de leurs représentants, qui redoutent une perte de chiffre d'affaires et donc davantage d'activité partielle.

C'est au nom de la préservation de la santé des personnes, face à l'épidémie de Covid-19, que le Premier ministre a refusé dimanche soir, sur TF1, d'autoriser l'ouverture des librairies et des petits commerces, comme le réclamaient certains commerçants et certains maires en dépit du reconfinement. En revanche, dans un souci d'équité, Jean Castex a décidé, à compter de ce mardi 3 novembre (1) dans un premier temps puis "seulement" à partir du mercredi 4 novembre, d'imposer aux grandes surfaces la fermeture de leurs rayons livres mais aussi l'interdiction de vendre des produits considérés comme n'étant pas de "première nécessité". Bercy a précisé hier que le décret paraîtra ce mardi 3 novembre et que la grande distribution devra respecter "la jauge d'une personne par 4m2 dans les établissements".

Une improvisation dans l'urgence

Cette décision, prise après la polémique sur la fermeture des librairies et contre l'avis des professionnels, a suscité hier de multiples réunions de crise dans les grandes enseignes, obligées de s'adapter en urgence et sans connaître le détail de la mesure (2). "Impossible de vous répondre, je rejoins dans 5 minutes une réunion visio sur le sujet", nous a dit ainsi une déléguée syndicale jointe dans l'après midi.

Cette mesure va affaiblir les grandes surfaces

 

 

"J'ai eu la DRH lundi matin, elle ne savait rien de précis sur le texte à venir", constatait pour sa part Guy Laplatine, délégué syndical central CFDT d'Auchan. Pour ce dernier, cette mesure ne va pas règler les problèmes des petits commerçants mais elle va en revanche favoriser la fuite des clients vers Amazon. "Cette mesure va affaiblir les grandes surfaces", déplore le syndicaliste. Dans une entreprise qui a lancé un nouveau PSE, les salariés sont préoccupés par le pouvoir d'achat et par de nouvelles mesures d'activité partielle, s'inquiète-t-il.

A Cora, Julien Aquilina, délégué syndical CGT, estime que 30% des salariés de son hypermarché d'Alès (Gard) travaillent sur les rayons non alimentaires et pourraient donc risquer d'être placés en activité partielle.

Chez nous, 30% des salariés pourraient être placés en activité partielle

 

 

"Cora évalue à 120 millions d'euros la répercussion de la fermeture des rayons non essentiels sur son chiffre d'affaires", rapporte le délégué syndical, qui ajoute : "On ne sait pas encore ce qui va pouvoir être fait : changer les salariés de rayon, renforcer les caisses, muscler le drive ou le e-commerce". Le tout sur un fond d'inquiétude persistant des salariés quant aux risques liés à la Covid-19.

La prévention de la Covid-19

Cette inquiétude, Edwige Bernier, secrétaire CFDT du CSE de l'hypermarché Carrefour de Sallanches (Haute-Savoire), la perçoit aussi chez les 200 employés du magasin, mais moins fortement que lors du premier confinement "où nous avions dû lancer un droit d'alerte devant l'affluence du public dans le magasin et la situation dangereuse que cela créait".

Les salariés volontaires peuvent se faire tester dans la pharmacie de la galerie commerciale

 

 

 

Cette fois, les choses sont mieux organisées, et les protections bien en place (barrières, gel, masques). Il n'empêche : en deux jours, le magasin a enregistré 5 cas de suspicion de Covid-19, c'est-à-dire de personnes ayant été en contact, sans protection, pendant un quart d'heure avec un cas positif. Le traitement de ces cas contacts va changer, se félicite au passage l'élue :  "Depuis cette semaine, les salariés qui sont volontaires pourront se faire tester à la pharmacie de la galerie commerciale, et ils auront le résultat du test en une demi-heure".

En revanche, "c'est un peu panique à bord" à propos des nouvelles décisions du gouvernement sur les articles à retirer des rayons. "Comme on ne sait pas encore ce que nous pourrons vendre ou pas, Carrefour n'a pas pris de décision de mise en activité partielle de nouveaux salariés", rapporte Edwige Bernier.

 On venait de commencer à recruter pour renforcer les rayons jouets

 

 

Cette dernière, qui est aussi déléguée nationale de son syndicat, souligne l'improvisation de la décision gouvernementale : "Je ne sais pas si cette décision est justifiée ou pas, mais il est en l'état impossible d'en évaluer les conséquences faute d'avoir le texte légal. On nous dit que des rayons vont rester ouverts (imprimantes, outillage, sacs poubelle) quand d'autres vont fermer (maquillage, jouets). Or nous venions de commencer à recruter pour renforcer les rayons des jouets à l'approche des fêtes..."

Des positions syndicales très différentes

Alors que FO avait plaidé le 1er novembre pour que l'ensemble des rayons des grandes surfaces reste ouverts "pour sauver des emplois", le syndicat, par la voix de Dominique Moualek, délégué national FO pour les hypermarchés Carrefour, "le premier employeur privé de France", déplore la décision "à l'emporte-pièce" du gouvernement "qui offre le marché de Noël et de la fin d'année à Amazon et autres groupes de commerce à distance" et "qui met en péril des milliers d'emplois". Et FO de réclamer "l'annulation de toutes ces décisions".

Au contraire, la CGT considère qu'il faut toujours "privilégier la santé des salariés et des consommateurs" et donc ne vendre que des produits de première nécessité. "Trois salariés de la grande distribution sont morts de la Covid-19, il ne faut pas l'oublier", rappelle Amar Lagha, le secrétaire général de la CGT commerce, qui s'inquiète d'une situation sociale jugée délétère : "Samedi, une bagarre a éclaté chez Gifi, les gens sont à cran".

Hier, la CFDT Services a réclamé l'ouverture de négociations de branche de la grande distribution pour faire bénéficier les salariés du maintien à 100% de leur rémunération pendant l'activité partielle et des formations pour permettre aux salariés de changer de rayon, le syndicat demandant aussi des négociations dans chaque entreprise "sur les conséquences économiques et sociales" des mesures prises par le gouvernement.

 

(1) Le décret est paru ce mardi 3 novembre au Journal officiel. Il modifie le décret précédent du 30 octobre 2020 pour restreindre les produits vendus par la grande distribution à la partie I de ce texte (alimentation, informatique, cycles, etc.) et aux "produits de toilette, d'hygiène, d'entretien et de produits de puériculture".

(2) En cours de journée, hier, Alain Griset, le ministre délégué aux PME, a indiqué que les grandes surfaces pourront continuer à vendre des produits d'hygiène mais pas "le maquillage". En fin d'après midi, Bercy faisait savoir finalement que la vente de produits "non essentiels" serait tolérée dans les grandes surfaces jusqu'à mercredi...

 

Carrefour reprend Bio C'Bon
Pendant la crise sanitaire, les affaires continuent ! Le groupe Carrefour, qui avait déjà repris l'enseigne So.bio en 2019, a été choisi hier par le tribunal de commerce de Paris pour reprendre Bio C'Bon, un distributeur qui compte 107 points de vente et un millier de salariés. "Notre ambition est de conserver le réseau, l'enseigne, les équipes", a promis sur twitter Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour.

 

Représentants du personnel

Les représentants du personnel sont des salariés élus ou désignés chargés de représenter les salariés de l’entreprise avec des missions spécifiques selon l’instance représentative du personnel (IRP) à laquelle ils appartiennent. Il y a quatre grandes IRP : les DP, le CE, CHSCT et les délégués syndicaux.  Au 1er janvier 2020, l’ensemble des IRP (hormis les délégués syndicaux) devront fusionner au sein du CSE.

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Bernard Domergue
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