Elus du personnel et gilets jaunes

Elus du personnel et gilets jaunes

06.02.2019

Représentants du personnel

L'une arbore son gilet jaune, l'autre pas, mais ces deux élus du personnel CGT rencontrés hier dans la manifestation parisienne conjuguent engagement dans l'entreprise et participation au mouvement social né en novembre.

Christophe et Sandrine, nous les avons recnontrés hier dans le cortège qui défilait à Paris à l'appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU, le mot d'ordre concernant notamment l'augmentation du Smic et des salaires, plus de justice sociale et fiscale et le développement des services publics (*). L'itinéraire, inhabituel, empruntait la rue de Rivoli en plein travaux pour rallier la place de la Concorde depuis l'Hôtel de Ville. Aux slogans syndicaux traditionnels ("on lâche rien", "augmentez les salaires, pas les actionnaires", etc.) relayés par les sonos des camionnettes s'ajoutaient des pancartes et mots d'ordre visant le Président de la République ("Macron nous fait la guerre, sa police aussi") et son gouvernement, les jeunes apostrophant notamment le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer. 

 J'ai un gilet jaune, je manifeste le samedi

 

Autre fait inhabituel : cette manifestation intersyndicale, lancée par une CGT qui prépare son congrès du mois de mai, s'inscrivait dans une stratégie de "convergence" avec le mouvement social des gilets jaunes, qui occupe ronds points et bat le pavé depuis novembre. 

Christophe et Sandrine, donc, se présentent à la fois comme des militants CGT, élus du personnel dans leur entreprise, mais également comme des gilets jaunes, Sandrine arborant d'ailleurs le fameux gilet. Tous deux font partie d'Air France (une entreprise en pleine campagne pour les élections CSE) et travaillent à Orly, au sud de Paris. "J'ai un gilet jaune parce que je manifeste le samedi. Ce n'est pas incompatible avec notre engagement syndical. Nous essayons d'aider nos collègues dans l'entreprise, mais je veux être aussi une citoyenne qui veut agir à l'extérieur", explique Sandrine, déléguée du personnel., qui insiste sur l'exaspération sociale qu'elle voit monter.

Sauf en cas de très grande grève et de violence, on ne nous écoute pas

 

Christophe, élu CE, a une forte expérience d'élu du personnel : il a été trésorier du comité d'entreprise, et secrétaire du CHSCT. Mais son propos est radical quand il s'exprime sur le dialogue social dans l'entreprise : "Le problème, c'est qu'on ne nous écoute pas. Sauf quand on lance une grande grève -et maintenant avec le préavis de 48 heures c'est beaucoup plus difficile- ou quand on déchire la chemise d'un dirigeant", une allusion à l'épisode de violence en marge d'un CCE d'Air France où était annoncé un plan de suppression d'emplois.

L'élu partage donc avec les gilets jaunes le même sentiment d'être méprisé, et la même conviction d'une différence radicale, de deux mondes antagonistes traités différemment sur le plan fiscal, entre "ceux d'en haut" et "nous, en bas".

Les ateliers organisés pour donner l'impression de vous écouter, dans l'entreprise, on connaît, merci !

 

Et Christophe d'expliquer : "Je suis d'accord avec les gilets jaunes quand ils disent que le système ne marche plus pour nous, et qu'il faudrait que tout le monde participe aux efforts. Si on me demande 5 euros, d'accord, mais que les dirigeants les donnent aussi". Et dans ce "système", l'élu du personnel n'hésite pas à ranger le sommet de son propre syndicat, la CGT, avec des responsables qu'il juge trop loin des préoccupations du terrain : "Plein de gens nous le disent, ils n'ont plus confiance dans les syndicats". Sandrine approuve et enchaîne sur la fiscalité : "Je veux bien payer des impôts, à condition que ce soit juste, et qu'ils servent à financer les écoles, des hôpitaux..."

La prime d'activité récemment augmentée à la suite du mouvement des gilets jaunes, justement ? "Mais les gens préféreraient vivre décemment de leurs salaires, et pas d'une aide publique. C'est comme la baisse des cotisations sociales : l'Etat compense, mais jusqu'à quand ? Que va devenir la sécu ?" interroge Christophe.

Ces deux élus CGT et sympathisants des gilets jaunes vont-ils participer au grand débat ? Les deux répondent par la négative : "Dans l'entreprise, les questionnaires et les ateliers organisés pour donner l'impression aux salariés qu'ils participent aux choix qui sont décidés par d'autres, on connaît, merci !"

(*) La CGT a estimé hier avoir réussi sa journée de "convergences de luttes" avec "des manifestations toniques mêlant gilets rouges et gilets jaunes partout en France", le syndicat souhaitant organiser désormais des "mardis de l'urgence sociale". Solidaires a parlé hier soir d'un "acte qui appelle des suites", l'union syndicale espérant "construire une grève générale reconductive pour peser dans le rapport de force et arracher des augmentations de salaire et des droits sociaux".

 

Elue à l'hôpital, "porte-parole des souffrances"
Infirmière puéricultrice à l'hôpital Robert Debré de Paris, Anne promène dans le cortège une pancarte avec cette inscription : "Non à l'hostérité, alertez les bébés". Cette militante Solidaires dénonce les suppressions de postes qui touchent le personnel soignant. Elle siège au CHSCT de l'hôpital de l'APHP. "Je vois beaucoup de souffrance au travail à l'hôpital, y compris chez les médecins et les chefs de service. Il y a tellement de malaise chez les infirmières qui n'ont plus le temps pour manger, pour se reposer, pour se passer les consignes. Mon rôle est d'être un porte-parole de ces souffrances". Participera-t-elle au grand débat pour témoigner de cette situation ? "Emmanuel Macron et Edouard Philippe nous disent qu'ils nous entendent, mais je ne les pense pas sincères, ils ne changeront rien à leur politique".

 

 

Représentants du personnel

Les représentants du personnel sont des salariés élus ou désignés chargés de représenter les salariés de l’entreprise avec des missions spécifiques selon l’instance représentative du personnel (IRP) à laquelle ils appartiennent. Il y a quatre grandes IRP : les DP, le CE, CHSCT et les délégués syndicaux.  Au 1er janvier 2020, l’ensemble des IRP (hormis les délégués syndicaux) devront fusionner au sein du CSE.

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