La CFDT réclame aux branches 15% d'augmentation pour les travailleurs de deuxième ligne

La CFDT réclame aux branches 15% d'augmentation pour les travailleurs de deuxième ligne

19.01.2021

Représentants du personnel

Laurent Berger a réclamé hier, lors d'une visioconférence de presse, une revalorisation salariale des métiers de 2e ligne, particulièrement exposés à la Covid-19, comme en ont témoigné des secrétaires de CSE et déléguées syndicales. Le gouvernement doit faire pression sur les branches (commerce, agroalimentaire, services à la personne, propreté, etc.) pour les inciter à négocier ces revalorisations, soutient le secrétaire général de la CFDT.

En novembre dernier, le gouvernement a chargé une DRH et une économiste d'une mission visant à identifier ces désormais fameux "travailleurs de deuxième ligne" pour lesquels les syndicats demandent depuis des mois une reconnaissance de leur rôle joué pendant la crise sanitaire (lire notre article). Fin janvier ou début février, selon Catherine Pinchaut de la CFDT, cette mission devrait restituer les indicateurs retenus pour identifier ces travailleurs et donc les conventions collectives concernées, ce travail devant être suivi par un accompagnement des branches visant à revaloriser ces métiers. Mais Laurent Berger s'impatiente : "On les connaît déjà, ces travailleurs !".

Il y a 5,6 millions de travailleurs de deuxième ligne en France 

 

Le secrétaire général de la CFDT estime à 5,6 millions le nombre de ces travailleurs de deuxième ligne qui ont permis à la France de traverser la pire période de l'épidémie en 2020. Pour ces salariés, notamment des secteurs social, medico-social, commerce, services et agroalimentaire, le secrétaire général réclame plusieurs mesures de revalorisation, et il remet sur le tapis la question sensible des salaires minima (lire notre encadré).

Il demande d'abord l'agrément rapide par l'Etat de l'avenant 43 à la convention collective de l'aide à domicile. Cet avenant prévoit la revalorisation de 15% des salaires dans cette branche associative (différente de celles des structures commerciales des services à la personne) mais le gouvernement renâcle à l'agréer en l'état.

Laurent Berger appelle ensuite le gouvernement à tenir un discours "plus musclé" à l'adresse des autres branches concernées : "L'Etat doit contraindre ces branches à négocier la révision des grilles salariales, y compris en jouant sur la conditionnalité des aides aux entreprises et sur les modalités de passation des marchés publics". Est également avancée la revendication d'une bonification des droits à la formation professionnelle de ces salariés, afin de favoriser leur évolution professionnelle, et d'un meilleur partage de la valeur ajoutée.

La vision de deux secrétaires du CSE et d'une déléguée syndicale

Car ces salariés, quand ils en ont bénéficié, estiment insuffisantes les primes reçues, au regard de leur investissement et des risques pris durant cette période. Trois militantes CFDT, élues dans une entreprise de nettoyage, une association d'aide au maintien à domicile, et un abattoir, en ont témoigné hier.

"Nous n'avons eu aucune prime", informe Saadia Bahfir, 54 ans, cheffe d'équipe propreté dans l'entreprise ISS Facilites Management, "alors même que nous avons dû apprendre aux salariés à désinfecter et à décontaminer en plus du nettoyage". Il a, en outre, fallu constamment batailler, ajoute cette déléguée syndicale, pour obtenir des équipements de protection, y compris en intervenant auprès des CSE des entreprises donneuses d'ordre pour que soient respectées les consignes sanitaires de protection des travailleurs.

Sur les équipements, il a fallu faire du forcing auprès de l'Agence régionale de santé. La prime ? On a eu 100 euros ! 

 

 

"Nous n'avons eu que 100€", constate Elisabeth Glandu, 52 ans, élue de l'association Ardèche aide à domicile (AAD, 500 salariés). Cette dernière, secrétaire du CSE et déléguée syndicale, évoque en quelques mots la complexité de la mission qu'ont dû accomplir les salariés de l'aide à domicile : "Malgré le stress que nous avions, malgré l'absence d'équipements ("pas de blouses ni de surblouses, pas de surchaussures") et ces pharmacies qui refusaient de nous délivrer des masques, il fallait quand même tenter de rassurer les personnes que nous allions voir, alors même qu'elles entendaient le pire à la télévision". 

Point positif de cette expérience : "La chance que nous avons eue, c'est que cette crise a renforcé les liens entre les élus du personnel et la direction. Nous avons fait le forcing auprès du conseil départemental et de l'Agence régionale de santé (ARS) qui étaient aux abonnés absents au début du premier confinement". Reste que la deuxième vague a provoqué, dit-elle, "dix fois plus de cas de Covid" que la première, sans doute l'effet du brassage des populations en Ardèche du fait des vacances d'été...:

 

Nous sommes du jour au lendemain devenus d'utilité publique ! Mais les casseroles n'ont pas retenti pour nous pour autant ! 

 

 

"La prime ? Nous avons eu 400€", rapporte Gabrielle Chérel, 52 ans, ouvrière aux abattoirs JPA (Josselin Porc Abattage, 589 salariés) qui livrent Intermarché. Mais quand cette secrétaire du CSE évoque la période traversée, les absences non remplacées et la hausse des cadences, on comprend qu'elle estime que c'est peu cher payé : "Chez nous, les horaires, ça varie de 3h30 du matin à 23h. Avec la Covid, nous sommes soudain devenus d'utilité publique, la France avait besoin de nous pour se nourrir, même si les casseroles n'ont pas résonné pour nous. Nous nous sommes sentis en danger : pas de masques au début, pas vraiment de gestes barrières, nous avons vécu dans le stress au travail et dans le stress de ramener la maladie à la maison".

Nous avons eu 43 CSE extraordinaires ! 

 

Et la militante CFDT de souligner également l'énorme travail fourni par les élus du personnel en 2020, alors que les anciens élus devaient s'adapter au nouveau cadre du CSE et que les nouveaux, dont certains ont fini par lâcher prise devant l'ampleur de la tâche, devaient se former en partant de zéro : "Les élus ont très mal vécu cette charge de travail. Nous avons eu 43 CSE extraordinaires dont 15 rien que pour la Covid".   

"Ces métiers restent déconsidérés. Pourtant, ce sont ces travailleurs de deuxième ligne qui se sont occupés des autres, du ravitaillement des commerces, de la production agroalimentaire, du nettoyage, de la collecte des déchets", résume Laurent Berger. Et le secrétaire général de la CFDT de dramatiser les enjeux en avertissant l'exécutif, sur le mode, attention, certains de ces travailleurs sont à bout...

 

Les revendications de la CFDT

Au titre des "signes de reconnaissance", la CFDT réclame pour les travailleurs de deuxième ligne : 

  • une augmentation de salaires de 15% dans le social et le médicosocial ;
  • la renégociation des grilles salariales dans tous les secteurs concernés ;
  • l'application des mesures du Ségur de la santé à tous les professionnels du handicap et du maintien à domicile ;
  • l'obligation de mise en place d'une complémentaire santé payée par l'employeur pour tous ;
  • le maintien après le 31 mars de la suspension du jour de carence.

A propos de la vision restrictive du ministère du Travail sur le salaire minimum de branche suite aux ordonnances Travail de 2017, vision contestée par les organisations syndicales, la CFDT souhaite que les branches aient "la possibilité de définir les éléments qui entrent dans le calcul du salaire minimum hiérarchique". Rappelons que le ministère du Travail considère que les partenaires sociaux au niveau de la branche ne peuvent pas verrouiller, c'est-à-dire conférer un caractère impératif, aux dispositions conventionnelles relatives aux salaires minima lorsque l'assiette de ces minima intègre des compléments de salaires tels que des primes ou des majorations. Il en est de même s'agissant des dispositions portant sur ces accessoires de salaires (fixation du barème des primes d'ancienneté ou du montant de l'indemnité d'astreinte par exemple).

Le syndicat demande également que les questions de santé, sécurité, conditions de travail soient traitées "collectivement sur les sites où se cotoient des salariés de différentes entreprises". Enfin, la CFDT prône un rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée "entre donneurs d'ordres et entreprises prestataires". Mais cette revendication se heurte à une difficulté juridique : "Les branches ne correspondent pas toujours à la chaîne de valeur donc parler dans les branches de partage de la valeur ajoutée est compliqué", admet Catherine Pinchaut, secrétaire nationale CFDT. 

 

Représentants du personnel

Les représentants du personnel sont des salariés élus ou désignés chargés de représenter les salariés de l’entreprise avec des missions spécifiques selon l’instance représentative du personnel (IRP) à laquelle ils appartiennent. Il y a quatre grandes IRP : les DP, le CE, CHSCT et les délégués syndicaux.  Au 1er janvier 2020, l’ensemble des IRP (hormis les délégués syndicaux) devront fusionner au sein du CSE.

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Bernard Domergue
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