Le document qui explique la crise des Gilets jaunes

Le document qui explique la crise des Gilets jaunes

18.04.2019

Action sociale

Tous ceux qui veulent comprendre les raisons de la colère du peuple français - et sa traduction dans les Gilets jaunes - ont tout intérêt à lire ce document de la très officielle Drees portant sur 2018. Il montre que les Français ont de plus en plus le sentiment d'une aggravation des inégalités. Deux groupes sont particulièrement sensibles : les ouvriers et les retraités.

Puisque l'incendie de Notre Dame de Paris a retardé l'allocution du chef de l'Etat sur les suites qu'il entend donner au Grand débat, le président de la République - ou ses collaborateurs - aurait tout intérêt à prendre connaissance de ce document de la Drees intitulé "Les Français plus sensibles aux inégalités de revenus et plus attachés au maintien des prestations sociales". Les résultats du traditionnel baromètre d'opinion permettent de mieux comprendre comment, à l'automne 2018, le mouvement des Gilets jaunes s'est cristallisé sur un rejet des inégalités et sur un sentiment de dégradation générale de la situation.

Maudites inégalités de revenus !

2018 a marqué une rupture. Alors que depuis plusieurs années, le sentiment d'aggravation des inégalités dans la société avait tendance à se tasser, il a repris de plus belle. "Huit personnes sur dix considèrent que la société française est plutôt injuste, que les inégalités ont plutôt augmenté au cours des cinq dernières années", note la Drees. La question des inégalités de revenus est la plus répandue selon 40 % des Français (loin devant les inégalités liées à l'emploi - 11 % - et celles liées à l'origine ethnique - 9 %). Elle est également jugée la moins acceptable (devant la santé et l'origine ethnique).

Pessimisme ambiant

Quand les gens parlent de leur situation, il décrivent un vécu plus difficile. Ils sont 23 % à souligner une situation mauvaise, soit trois points de plus qu'en 2017. D'autre part, la vision pessimiste vis-à-vis de son avenir progresse également pour atteindre 47 %. Et pour l'avenir de leurs enfants, les Français ne sont que 30 % à être optimistes (contre 38 % en 2017). Comme on le voit, c'est pas la joie dans les chaumières...

Loi santé du 26 janvier 2016

Morceaux choisis d'un texte aux multiples facettes

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Retraités et ouvriers à la pointe de l'inquiétude

Quand on rentre dans le détail des chiffres, on constate que l'aggravation de la situation ressentie est liée à l'évolution de deux groupes : les ouvriers et les retraités. Le pessimisme des ouvriers bondit de 13 points entre 2017 et 2018 (à un niveau de 58 %) et celui des retraités atteint 55 % (soit une hausse de 12 points). Sans nul doute, les mesures concernant les retraités (hausse de la CSG, non-indexation des retraites) ont joué un rôle dans cette dégradation de la situation. Quant aux ouvriers, la non-augmentation des salaires parallèlement à la suppression de l'ISF leur a sans doute donné le sentiment d'une politique non équitable.

Risque de devenir pauvre

Cette tendance au pessimisme se retrouve dans le sentiment d'être ou de pouvoir devenir pauvre. "En 2018, 18 % des Français se considèrent comme pauvres et 24 % pensent qu'ils peuvent le devenir dans les cinq prochaines années", souligne la Drees. D'une année sur l'autre, 5 % de Français supplémentaires se déclarent pauvres et 6 % en moins se considèrent à l'abri de ce risque. Là encore, les disparités sociales sont majeures. Ainsi, parmi les ouvriers, la part de ceux qui se déclarent pauvres augmente de 11 points. Chez les retraités, elle grimpe de 9 % en 2017 à 17 % en 2018.

Pas touche aux prestations !

Cette vision négative se retrouve sur d'autres problématiques. Sur la sécurité sociale, la satisfaction s'érode. Ainsi, ils ne sont plus que 62 % à considérer que la Sécu fournit un niveau de protection suffisant (contre 73 % en 2017). Cela conduit à des opinions plus ouvertes sur les prestations. Plus d'un tiers des Français considère qu'il ne faut pas limiter dans le temps le versement des allocations chômage. Dans la même optique, une énorme majorité est opposée à la réduction du versement de prestations : 88 % pour la retraite, 82 % pour les aides aux personnes handicapées ou âgées, 78 % pour les allocations logement. Là encore, ces taux ont augmenté en 2018.

Méfiance sur les impôts

L'allergie aux impôts qui s'est exprimée lors des manifestations du samedi se retrouve également dans ce baromètre. Ainsi, la proportion de Français prêts à une augmentation de leurs impôts pour financer une hausse des prestations de RSA chûte de moitié. A noter que ce sont surtout les ménages les plus aisés chez qui cette tendance est la plus notable.

Baisser le salaire des gros PDG

Sur la santé, les avis peuvent apparaître contradictoires. Sept Français sur dix se déclarent en bonne santé, mais près de la moitié d'entre eux considère que l'état général des Français s'est détérioré. Parmi les autres résultats de cette intéressante étude, on notera cet avis concernant les salaires. Les Français sont favorables à une hausse notable des salaires des ouviers et des instituteurs et une baisse drastique (de l'ordre de 40 %) du salaire des patrons de grandes entreprises. Autant de thèmes qui se se retrouvent dans les manifs des Gilets jaunes depuis cinq mois... 

Noël Bouttier
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