L'industrie cosmétique française fait peau neuve en faveur de la biodiversité

19.10.2021

Environnement

Des cosmétiques contenant des matières premières naturelles, issues de cultures locales et respectueuses de l'environnement, dans le respect des conditions de travail des cultivateurs, fabriqués dans des usines neutres en carbone, conservés dans des emballages éco-conçus rechargeables avec des matières recyclables, stockés dans des entrepôts certifiés et distribués tout en réduisant les émissions de GES. Voici les promesses la nouvelle industrie cosmétique française durable !

Ce ne sont pas de simples efforts en faveur d’une image plus respectueuse de l’environnement, c’est un véritable nouveau concept durable que l’industrie cosmétique développe ! Et ceux qui y adhèrent le font bien. C’est ce que décrit un guide intitulé « Biodiversité, Les bonnes pratiques du secteur cosmétiques » publié par la fédération des entreprises de la beauté (FEBEA).

Environnement

La mise en place d’une stratégie environnementale cohérente s’impose de plus en plus aux entreprises du fait de la complexité de la législation pour la protection de l’environnement et de la multiplicité des réformes. En effet, de nombreuses lois et réglementations ont récemment impacté les activités économiques (autorisation environnementale, concernant notamment les ICPE, loi de transition énergétique, loi biodiversité)

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Protéger la biodiversité : une responsabilité (intéressée) de l’industrie cosmétique

L’industrie cosmétique est dépendante de la biodiversité du fait que cette dernière est la source d’une grande partie des matières premières qui composent les formules.

 

Comme le dit le proverbe « ne mord pas la main qui te nourrit », ou encore selon Sylvia Dolson « la nature est inépuisablement durable si nous en prenons soin », il est essentiel pour l’industrie cosmétique de préserver la biodiversité et de réduire ses impacts. Face à ce constat, les entreprises prennent de plus en plus leurs responsabilités et mettent en place des actions concrètes pour des produits plus durables et une biodiversité respectée et préservée, voire relancée.

 

Illustrations avec les actions mises en œuvre par quelques marques phares de l’industrie cosmétique françaises telles que L’Oréal, Yves Rocher, Sisley, Guerlain, L’Occitane, Clarins, Nuxe, Expanscience, LVMH, Klorane, Dior, Chanel, BiotechMarine, Melvita. On peut également citer les retours d’expériences de Symrise, entreprise allemande de production de saveurs et de parfums, et d’International Flavors and Fragrances (IFF), une entreprise internationale qui fabrique des parfums.

 

Le guide s’organise autour de sept chapitres qui développent les points suivants :

- créer des filières durables : approvisionnement local en matières premières ; mise en avant des terroirs ; garantir la traçabilité des matières premières ; mise en place de programmes de protection de l’environnement locaux pour lutter contre la surexploitation des ressources, la déforestation, les pollutions etc. ;

- favoriser des pratiques agricoles responsables : agriculture biologique ; agroécologie ; agriculture régénératrice ; valorisation des systèmes de production sur divers espèces ; réalisation de diagnostic biodiversité ; pratiques de conservation de la diversité génétique ; programmes d’action de protection des espèces emblématiques ; mise en place de bonnes pratiques de cueillette sauvage etc. ;

- encadrer et valoriser ses engagements : respecter une charte d’achats responsables ; développer des outils d’analyse des risques environnementaux et sociaux ; mettre en place des systèmes de management de la biodiversité ; obtenir une certification etc. ;

- intégrer la biodiversité à l’étape de la fabrication : maitriser ses consommations d’eau et d’énergie ; certification environnementale des bâtiments etc. ;

- biodiversité et économie circulaire : éco-conception des formules ; upcycling des matières premières ; réduire les emballages et leurs impacts sur l’environnement ; contenants rechargeables ; améliorer la recyclabilité des emballages etc. ;

- distribution et biodiversité : certification environnementale des entrepôts ; optimisation du remplissage des conteneurs ; réduction des émissions de gaz à effet de serre sur les sites et lors des transports ; écoconception des points de vente et de la publicité etc. ;

- devenir acteur de la biodiversité : sensibiliser le public aux enjeux de protection de la biodiversité ; formation de tous les salariés ; soutenir la recherche ; partenariats scientifiques.

Une flopée d’outils en faveur de la durabilité

Au-delà des labels et certifications, les démarches d’achats responsables de l’industrie cosmétique reposent également sur de nombreux outils afin d’atteindre les meilleurs standards et d’être transparent avec le client. On peut notamment citer :

- le Sustainable palm index de l’Oréal, qui permet d’intégrer la lutte contre la déforestation dans le processus de sélection des fournisseurs ;

- le Clarins green score, qui est un outil de scoring pour évaluer les matières premières sur les aspects environnementaux, sociaux et santé ;

- l’outil Packscore de Clarins pour mesurer l’impact environnemental des packaging des produits ;

- l’outil SPICE Tool (Sustainable packaging initiative for cosmetics) qui permet également de mesurer l’impact environnemental d’un emballage ;

- le Global biodiversity score, proposé par la CDC biodiversité, pour évaluer l’empreinte d’une entreprise sur la biodiversité ;

- ou encore le Product Biodiversity Footprint d’I Care&Consult, visant à évaluer les différents impacts des produits sur la biodiversité.

 

Evoquons également le Green Impact Index développé en 2021 par le groupe Pierre Fabre visant une communication transparente avec les consommateurs : le premier outil mondial de cotation pour mesurer, améliorer et communiquer par A, B, C ou D l’impact environnemental et sociétal des produits cosmétiques et de santé familiale, selon une méthodologie validée et cautionnée par AFNOR certification.

Sourcing durable avec « The Union for Ethical BioTrade (UEBT) »

Il est fait mention à plusieurs reprises à l’Union for Ethical Bio Trade (UEBT) dans le guide. C’est une organisation à but non lucratif qui certifie le sourcing durable et responsable des matières premières. Y adhérer démontre un engagement à améliorer leur impact sur la biodiversité tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement des produits cosmétiques. Plusieurs marques ont opté pour cette démarche d’amélioration continue comme Yves Rocher, LVMH, Symrise AG, ou encore Guerlain.

Focus sur la démarche d’éco-socio conception des produits cosmétiques

Selon le groupe Pierre Fabre, on parle d’éco-socio-conception lorsqu’on conçoit un produit en cherchant à :

- limiter ses impacts environnementaux à chaque étape du cycle de vie, dans une démarche d’écoconception ;

- impacter de manière positive la société, en France et dans le monde, par des certifications officielles, une fabrication locale, des approvisionnements basés sur le commerce équitable, un soutien à l’agriculture biologique et durable dans une démarche de socio-conception.

 

C’est une démarche globale qui doit être pilotée tout au long du processus de développement d’un produit, à laquelle ont déjà adhéré de nombreuses entreprises comme Expanscience ou encore Yves Rocher. Une association de termes à retenir !

Les cosmétiques au cœur du partage des avantages issus des ressources génétiques (APA)

Dès l’édito du guide, on a l’idée que continuer à faire des bénéfices tout en les partageant avec les communautés locales et en y ayant un accès encadré est un nouveau leitmotiv de l’industrie cosmétique, car c’est encore une fois donnant donnant. On ne veut plus aller piller les territoires et empocher l’argent des brevets mais avoir une véritable politique de responsabilité sociale et environnementale.

 

L’industrie cosmétique est donc au cœur de la mise en place du protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation (APA). Ce dernier précise les conditions d’application de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB). Il vise à encadrer l’utilisation industrielle de plantes venant d’un territoire. Si certaines entreprises avaient déjà cette démarche, d’autres ont dû se réorganiser plus récemment pour respecter la réglementation et sécuriser leurs relations commerciales.

 

Pour plus d’informations sur l’APA, les dispositions internationales précitées, celles européennes avec le règlement (UE) n°511/2014 et celles nationale fixées dans le code de l’environnement, voir notre ouvrage Loi biodiversité, Ce qui change en pratique, ou notre étude Protection de la nature.

C’est à la mode : les jardins botaniques, des laboratoires à ciel ouvert !

En France ou à l’étranger, les entreprises cosmétiques voient leur intérêt dans la création d’espace visant à préserver la flore, au cœur de leurs formulations de produits. Ils permettent de cultiver pour des produits finis, de faire de la recherche, de préserver certaines espèces et de faire des inventaires botaniques. On peut citer le Domaine Clarins, les jardins Dior, les Conservatoires botaniques du groupe Pierre Fabre en France et à Madagascar, le jardin botanique Sisley des Lauracées en Guyane. De plus dans le cadre de sa plateforme de recherche Orchidarium autour de l’orchidée, fleur phare de nombreux de ses produits, Guerlain comprend un Laboratoire Fondamental à Strasbourg, un Jardin Expérimental à Genève et une extraordinaire Réserve Naturelle en Chine.

 

A qui la plus belle fleur pour le produit cosmétique le plus innovant de durabilité ?

 

Anne-Laure Tulpain, Code permanent Environnement et nuisances
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